An American Landscape / The Archived Subjects

Alain Bublex / Zhenya Machneva // 7 novembre -> 12 décembre 2018

7 novembre -> 12 décembre 2018

Alain Bublex, An American Landscape

Le travail de Alain Bublex commence par le voyage. (Luc Baboulet)

 
Depuis sa première exposition personnelle en 1992, Alain Bublex réinvente en permanence l’idée du voyage, plaçant la photographie au cœur de sa pratique plastique tout en la combinant au dessin. Mais plus que le déplacement et le mouvement, c’est le paysage lui-même qui apparaît comme son principal sujet. Les États-Unis ont tenu une place particulière dans ce développement.
 
Parti à la recherche de Glooscap (une ville imaginaire), il a sillonné le pays le traversant d’Est en Ouest, du Nord au Sud, pour en revenir convaincu que les paysages ont joué un rôle primordial dans la constitution de la nation.
 
An American Landscape est le dernier projet de l’artiste. Spectateur assidu du célèbre film First Blood le 1er opus de la série des Rambo — Alain Bublex y voit la mise en scène de deux héros qui symbolisent l’Amérique : Rambo lui-même et le paysage en arrière-plan. Afin de vérifier cette intuition, il décide de redessiner tous les plans du film en les vidant de l’action qui s’y déroule, pour ne conserver que les paysages, les mouvements de caméra, le montage. On découvre un film d’animation composé de travelings poétiques et pictorialistes à l’esthétique définitivement bublexienne, rappelant de manière surprenante l’histoire de la peinture américaine.
 
Pour sa nouvelle exposition à la galerie, Alain Bublex présentera les dix premières minutes du film, ainsi qu’une série d’œuvres préparatoires découlant de ce projet, à la croisée de l’histoire, de la photographie et du dessin.
 
Alain Bublex : «Je travaille actuellement sur un nouveau projet qui est fortement connecté à la culture américaine : il s’agit de la réalisation d’un dessin animé basé sur le film First Blood (avec Sylvester Stallone au début des années 80). Après l’avoir vu régulièrement au fil des ans, j’ai remarqué que ce qui m’attirait le plus, c’était le paysage qui sert de décor au film : les rocheuses à la fin de l’hiver. Et j’ai fini par réaliser que le paysage était sans doute l’un des acteurs principaux du film. J’ai pensé au dessin animé pour vérifier cette intuition : je redessine toutes les scènes, tous les plans du film, mais sans les acteurs ni l’action. Juste les arrières plans, les montagnes, la forêts, les rues du village. Le résultat est « encourageant » : effectivement, les paysages dessinés font penser à la peinture de paysage américaine (disons de l’Hudson River School aux Hyper-réalistes en passant par les régionalistes des années 30) et donne un film assez lent et mélancolique. Il pointe bien l’importance — assez unique je crois — du paysage naturel dans la construction de l’identité américaine.»
 
 
Zhenya Machneva, The Archived Subjects
 
Sa dernière série portait, dit-elle, les couleurs des jours de Saint-Petersbourg : des camaïeux de gris et de blancs pour représenter des paysages d’usines abandonnées de l’époque soviétique. Puis, l’année dernière Zhenya Machneva a fait une résidence de trois mois à la Cité des arts à Paris, dont elle a rapporté les couleurs des œuvres d’artistes africains qu’elle y avait vus.
 
Les travaux qu’elle montre cet automne sont des détails des mêmes machines qu’elle avait dépeintes dans sa série précédente, des images plus légères, plus humoristiques parfois. Il ne faut pas y voir une quelconque dimension psychologique, mais plutôt une expérience de la couleur. Zhenya Machneva dit aussi qu’elle n’invente pas mais qu’elle collecte le visible autour d’elle.
 
Ayant étudié au département textile de l’Académie d’art et de design de Saint Petersbourg, elle a une formation classique de peinture, pratique souvent le dessin, parfois la lithographie, mais c’est la tapisserie qu’elle a choisie comme terrain de jeu. Il ne faut pas croire qu’en Russie, les jeunes artistes soient très nombreux à avoir pris ce parti — le goût pour le kraft que partagent beaucoup d’artistes occidentaux ne s’y est pas encore étendu. Et à la différence des Gobelins ou d’Aubusson, les grandes manufactures de la Russie du 18e siècle ont fermé leurs portes depuis longtemps. 
 
Zhenya Machneva a choisi la tapisserie et elle tisse elle-même. Son métier à tisser, elle l’a acheté il y a une dizaine d’années en Finlande, car la Russie n’en produisait pas d’assez bons. Après avoir choisi une image dans ses archives photographiques, elle fait des esquisses, puis traduit son dessin à la main, ligne après ligne. Il ne faut pas lui parler des tapisseries des Matisse, Hartung ou Picasso invités par les Gobelins à faire traduire leurs toiles en textile car, pour elle, la tapisserie ne relève pas des arts décoratifs. Le temps qu’elle passe à réaliser une œuvre varie de l’une à l’autre, une semaine ou parfois deux ou trois mois. 
 
Elle a commencé à représenter des zones industrielles abandonnées après une visite dans une usine de téléphones où son grand-père a travaillé pendant quarante ans et, depuis, ce motif ne l’a pas quittée. Les œuvres qu’elle montre dans l’exposition sont des détails de machines moins mélancoliques et plus incarnées que ses œuvres précédentes. Dans « Contact Method », elle a même ajouté un pan de bois sur lequel est fixé une poulie, que les Nouveaux Réalistes n’auraient pas renié. Les réminiscences de Jean Tinguely ou de Francis Picabia n’en sont pas, dit-elle. Les cadrans de « Bouquet » ressemblent à des boutons de roses. « Sans titre (dans la cabine d’une grue élévatrice) » évoque le portrait d’une gueule cassée… Avec son jaune strident, « Guillotine » dit encore un autre rapport au corps, plus violent évidemment.
 
Pour Zhenya Machneva, la pratique de la tapisserie et ces images d’usines sont une forme de résistance à la production de masse et à la vitesse de notre temps. Ce sont des paysages imaginaires au futur antérieur.
 
- Anaël Pigeat
An American Landscape / The Archived Subjects, 7 novembre -> 12 décembre 2018
Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois36 rue de Seine, 75006 Paris
lundi au vendredi 10h/13h - 14h/19h samedi 10h30/13h - 14h/19h30
Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois

33 et 36 rue de Seine 75006 Paris
Tel : 01 46 34 61 07
Mail : info@galerie-vallois.com

Site : Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois

Du lundi au samedi de 10h30 à 13h et de 14h à 19h

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Publié le : 31 octobre 2018

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