Anne Wenzel

History Repeating // 7 avril -> 12 mai 2018

Pour History Repeating, Anne Wenzel (1972, Allemagne, vit et travaille à Rotterdam), rassemble onze sculptures récentes, de différents formats, réalisées, comme à son habitude, en céramique. La technique, comme les sujets de ces travaux – de la statue en pied au buste allégorique, en passant par la nature morte – ne sont classiques qu’en apparence : s’appropriant des modes de représentation fortement ancrés dans l’héritage d’un art de commande, l’artiste effectue une série de gestes déplaçant ces images du pouvoir dans un espace incertain, faisant vaciller les symboles officiels, les codes de la tradition dans un univers crépusculaire et mélancolique. La manière sombre d’Anne Wenzel incarne un rapport à l’histoire hanté par la violence, et oppose à l’équilibre du monument la menace de la chute et du chaos, à la sérénité de la nature intemporelle les signes de son extinction, de sa décrépitude, au hiératisme du portrait idéalisé les signes du saccage et de la révolte.

Par le biais de citations frontales, explicites, référencées à l’histoire de l’art, l’artiste fait réapparaître dans le monde contemporain un ensemble de formes iconiques. Ainsi, La liberté (Marianne) (2015) est assurément le fantôme de La liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix, exposée au Salon de 1831 en hommage à l’insurrection de juillet 1830 à Paris. Mais si la composition de la peinture de Delacroix était animée par un élan romantique, révolutionnaire et tourné vers l’avenir, le déséquilibre, dans l’œuvre d’Anne Wenzel, donne le sentiment que cette figure de l’émancipation est attirée par une force gravitationnelle menaçante. Renforcé par la couleur sombre, organique, dont elle est couverte, ce mouvement indécidable – la sculpture émerge-t-elle des ténèbres, ou bien sombre-t-elle dans la nuit de l’histoire ? – ne peut qu’évoquer le poids d’un sang versé au long d’une longue histoire de la destruction.

 

Dans Attempted decadence (blossoms, large, blue) (2014), c’est également la couleur qui donne d’emblée le sens d’une œuvre iconoclaste. Les teintes du bouquet, support traditionnel, dans l’histoire de la peinture ancienne et notamment flamande, de la méditation sur le temps qui passe, sont singulières : aux habituelles couleurs vives, Anne Wenzel a substitué le bleu et le blanc sale, renvoyant plus au vide, au pourrissement, qu’à un idéal d’équilibre et d’élégance métaphysique. De même, les oiseaux morts de Chasing silence (2016 – 17) détournent les figures silencieuses des natures mortes de la peinture ancienne en en faisant des images de la chute, le poids des corps inanimés (calcinés ?), contrastant avec l’image d’élévation spirituelle communément associée à l’animal.

 

Dans les nouvelles œuvres de la série Under Construction (Don't Fear Freedom), l’artiste s’approprie le canon du buste féminin représentant la liberté, pour le destituer de sa blancheur traditionnelle : maculée de couleurs dissonantes, scarifiée, sauvagement couverte de mots d’ordre tels FREEDOM, la statue, impersonnelle, symbole étatique, devient sculpture libre et manifeste, rappelant que la liberté n’est pas donnée mais doit être prise, reprise. Dans la matière même d’une image de la liberté devenue l’icône d’un pouvoir vide, l’artiste inscrit, physiquement, la nécessité d’incarner une forme d’insurrection. Dans le continuum de l’histoire se répétant elle-même, Anne Wenzel instaure une rupture brutale, subjective, en forme d’appel au réveil du sommeil historique. Car l’histoire, pour être active, se doit d’être toujours en construction, reconstruction permanente. Et pour rester une matière vivante, un paysage en mouvement, assumer sa propre fragilité, et donc sa possible destruction.

 

Yann Chateigné 

Anne Wenzel, 7 avril -> 12 mai 2018
Galerie Suzanne Tarasieve7, rue Pastourelle, 75003 Paris
Informations générales : info@suzanne-tarasieve.com // T : + 33 (0)1 42 71 76 54 // Ouvert du mardi au samedi de 11h à 19h

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Galerie Suzanne Tarasieve

7 rue Pastourelle 75003 Paris
Tel : 01 42 71 76 54
Mail : info@suzanne-tarasieve.com

Site : Galerie Suzanne Tarasieve

Du mardi au samedi de 11h à 19h

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Publié le : 20 avril 2018

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