Benjamin Sabatier

Access to Tools (Oeuvres récentes) // 27 janvier -> 24 février 2018

Dans l’espace de la galerie, Benjamin Sabatier déploie un ensemble d’oeuvres récentes (sculptures, objets, dessins, documents...) dévoilant un rapport à la création qui couvre tout à la fois une théorie sociale, économique et politique, que l’artiste définit sous le terme «d’autoconstruction».

Benjamin Sabatier, TOOL BOX I, 2017, Boîte en plastique et béton, 21,5 x 29 x 5 cm

La nouvelle exposition personnelle de Benjamin Sabatier à la Galerie Bertrand Grimont a tous les traits d’un Manifeste.

Dans l’espace de la galerie, Benjamin Sabatier déploie un ensemble d’oeuvres récentes (sculptures, objets, dessins, documents...) dévoilant un rapport à la création qui couvre tout à la fois une théorie sociale, économique et politique, que l’artiste définit sous le terme «d’autoconstruction».

 

Le titre de l’exposition ACCESS TO TOOLS, clin d’oeil au célèbre Whole Earth Catalog publié en 1968 par Stewart Brand, dont la première page est exposée à l’entrée de la galerie, en condense les enjeux. Véritable bible de la contre-culture, cet ouvrage est un bricolage visuel dans lequel des conseils pratiques se mélangent à des visions d’avenir. L’intention de Brand était de fournir des «outils d’accès» et d’éducation afin que les lecteurs trouvent leur propre inspiration, forment leur propre environnement et partagent leurs expériences. 

Le terme tools (qui doit beaucoup à Ivan Illich) concentre parfaitement l’esprit pragmatique qui fonde le travail de Benjamin Sabatier. Adepte du Do It Yourself, il fait de l’expérience le pivot du savoir en mettant sur un pied d’égalité l’action pratique et le concept. 

 

L’oeuvre de Sabatier dépasse ainsi la simple pratique du «bricolage» pour devenir une forme de théorie en actes, où gestes, modes de vie et actions «construisent» de la pensée. Par cela il rend visible l’idée qu’apprendre c’est faire et que tout un chacun est doté d’une capacité constructive et inventive. 

Aujourd’hui, le besoin de créer, le besoin d’indépendance, le besoin de fonder un savoir-faire autonome et personnel, poussent les individus à inventer des solutions pour réaliser un maximum de choses par eux-mêmes. Notre civilisation du «tout prêt», du «tout fait», est aussi celle du bricolage, de l’auto-constructeur, de la «perruque» ouvrière, du mécanicien amateur, de l’inventeur et du créateur.. C’est à l’image de « l’homme ordinaire » décrit par Michel de Certeau dans L’invention du quotidien, que Benjamin Sabatier «bricole» avec et dans l’économie dominante.

 

Qu’il taille des crayons pendant 35h, crée la structure de production d’oeuvres en kit IBK, s’empare de l’histoire ouvrière et militante de la ville de Besançon, réévalue les utopies du Mouvement moderne ou déploie une oeuvre sculpturale marquée par une esthétique du chantier, Benjamin Sabatier interroge de manière récurrente le concept de travail, qui fonctionne comme étalon dans une démarche cherchant avant tout à inscrire l’art dans un contexte socio-économique plus large.

Son vocabulaire artistique se compose de matériaux bruts et accessibles brique, béton, ustensiles de bricolage, carton, scotch, etc. - qu’il manipule dans le cadre de processus de fabrication lisibles, évacuant toute référence au geste héroïque du sculpteur au profit d¹une certaine littéralité où se révèle au premier regard le fonctionnement de l’oeuvre. Cette « fulgurance », qui n’en demeure pas moins polysémique, rend ainsi facile et possible sa reproduction par tout un chacun.

Entre questionnements politiques et formels, relectures des principes constructivistes et des thèses de Walter Benjamin, le travail de Benjamin Sabatier, en invitant le spectateur à devenir lui-même producteur, s’envisage dès lors à l’aune des théories alternatives et émancipatrices du Do it Yourself.

 
Benjamin Sabatier, 27 janvier -> 24 février 2018
Galerie Bertrand Grimont42-44 rue de Montmorency, 75003 Paris
ouvert du mardi au samedi de 14h à 19h
Galerie Bertrand Grimont

47 rue de Montmorency 75003 Paris

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Publié le : 24 janvier 2018

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