Cabinet Da-End 09

Vernissage le 15 septembre de 14h à 19h // 15 septembre -> 26 octobre 2019 // 15 septembre -> 26 octobre 2019

Âme, Satoshi Saïkusa, 2018

Les choses apparaissent discrètement.


Les artistes du cabinet interpellent au-delà de la simple curiosité. Ils ne se suffisent pas de la réalité mais cherchent à combler un vide. On pourrait dire qu’ils poursuivent un rêve, une inspiration, mais ils formulent surtout une réponse à un déficit du sens dans nos sociétés. René Huyghe prévenait ainsi en 1987 dans son article L’art entre le visible et l’invisible : « La vie intérieure, placée en face du matérialisme rationnel que lui propose le monde extérieur, ne trouve plus où nourrir sa substance ; et notre conscience profonde, ce que naguère encore on osait appeler notre âme, réclame de vivre selon ses propres aspirations et sa propre nature, auxquelles jadis le sacré répondait. » Il serait simpliste d’opposer l’art et l’artisanat à l’industrie et à l’usinage ; là n’est pas le propos de l’exposition qui fonctionne plutôt comme un révélateur. Les artistes attirent notre regard sur ce qui nous dépasse, une impuissance, un sentiment d’au-delà qui nourrit leurs œuvres. Les pièces les plus évidentes ne le sont pas toujours ; elles accumulent les niveaux de lecture et ne se laissent pas résumer. La visite de cette exposition nous alerte sur le temps à l’œuvre, sur le temps de l’œuvre et pose la question : L'invisible devient-il visible à force d'attention ou en forçant notre attention ?

Voilà presque 10 ans qu’une année après l’autre, Da-End organise son cabinet et rassemble les artistes autour d’affinités électives. L’actualité a cependant rendu certains choix plus conscients et la disparition de certains repères familiers suscité de nombreuses questions. Que disent les nouvelles qui annoncent la fin d’une époque de notre rapport à la spiritualité ? Quelle est la place des créateurs dans ces moments de désarroi ? Artiste de la galerie, Nieto garde de ses études en théologie une capacité de réfléchir l’invisible qui remet en perspective le geste artistique. Les techniques qu’il emploie, qui sont aussi celles de l’illusionniste, posent la question de notre attention, de notre capacité à être à l’écoute. Il faut apprendre à discerner le motif dans le textile, une présence à l’œuvre, par exemple dans les toiles-camouflages de Markus Åkesson. Il faut se pencher sur les oreilles de plume de Lucy Glendinning, rester à l’écoute du grain des papiers de Satoshi Saïkusa, qui utilise le point et l’aiguille pour traverser l’image et la lumière.

Nous ne pouvons reconnaître que ce que nous connaissons déjà et pour cette raison il est difficile de montrer l’invisible. Les œuvres picturales de Mitsuru Tateishi renvoient à un temps minéral où le regard est suspendu, confronté à un insoluble mystère. On ne peut parler de première fois face à une œuvre d’art. Carolein Smit et Nikolay Tolmachev empruntent certains de leurs sujets aux contes et légendes et nous confrontent par leur exploration de l’étrange aux limites de l’humain. Les quinze artistes présentés ont en commun de développer leurs propres savoir-faire et d’entretenir avec la tradition un dialogue technique, mais également spirituel. Kim KototamaLune et ses filets de verre développent ainsi au-delà de la prouesse matérielle une esthétique de suspens. Peintres, sculpteurs et « faiseurs d’images » pour aller vite, ne délèguent pas la fabrique et la réflexion qu’elle entraîne mais prennent la responsabilité du geste et des possibles accidents. Ils modèlent leurs visions de leurs mains. Conscients que formes et fonds sont indissociables, ils cherchent à transcrire, parfois sous le couvert de l’humour ou de la dérision, quelques choses d’une expérience métaphysique.

Par Henri Guette

 

The artists in this Cabinet appeal beyond mere curiosity. Reality does not suffice: they seek to fill a void. One could say that they are chasing dreams and inspiration, but above all, they compose an answer to the lack of meaning in our societies. In 1987, René Huyghe warned us in that regard in his essay “L’art entre le visible et l’invisible”: “The inner life cannot sustain itself when confronted by the rational materialism of the outside world, no longer finds anywhere to feed its essence; and our conscience, which until recently we dared to call our souls, needs to be allowed to follow its own path and aspirations, to which sacred once replied.” It would be simplistic to oppose art/craft and industry/manufacturing, and it is not the exhibition’s intention, which rather aims to unveil. The artists lead us to focus on that which is beyond our understanding, powerlessness, a feeling of beyond that inspires their creations. The most obvious pieces are not necessarily; they accumulate reading levels and cannot be summarized. Visiting this exhibit highlights a time in action, the temporal context of the work and makes us wonder: Does the invisible become visible due to attention or in forcing our attention to it? 

Annually and for nearly 10 years now, the gallery Da-End organizes its cabinet and gathers artists around elective affinities. However, current events have made some choices more conscious and the disappearance of some familiar landmarks has raised many questions. What does the news say about the end of an era concerning our approach to spirituality? What is the role of artists at such times of disarray? One of our artists, Nieto, as a former theology student, reflects on the invisible, putting the artistic gesture into perspective. The techniques he uses, similar to those of the illusionist, raise the question of our attention, of our ability to be receptive. It is essential to see patterns in fabric, a living presence in the art as in Markus Åkesson’s “Toiles-camouflages.” Likewise, Lucy Glendinning’s feather ears want us to bend over them, Satoshi Saïkusa’s papers call us to listen to the effect of the texture, to the stiches and needles that crossed the image and the light.

We can only take in what we already know, which is precisely why it is so challenging to portray invisibility. Mitsuru Tateishi’s pictorial works take us back to an earlier mineral era where our gaze is held, confronted with an insoluble mystery. We cannot talk about a “first time” in front of a work of art, as our previous emotions and experiences are implicated. Carolein Smit and Nikolay Tolmachev take inspiration from legends and fairy-tales and confront us at the limits of the human being by their exploration of the strangeness. The fifteen exhibited artists deepen their own know-how and maintain both a technical and spiritual dialogue with traditions. Kim KototamaLune’s glass threads go beyond the mastery of her medium to depict an aesthetic of suspense. Painters, sculptors, and other “image creators” do not delegate the manufacturing process and the reflection it entails but assume their responsibility for the gesture and any possible accidents. They craft their visions with their own hands. Aware that forms and content are inseparable, they aim to transmit their understanding of the world, sometimes under the guise of humour or mockery, some things of a metaphysical experience.

Original text by Henri Guette

 


 

Une exposition des œuvres de / Featuring the art of :

Markus Åkesson, Marcella Barcelò, Marion Catusse, Nicolas Darrot, Marielle Degioanni, Lucy Glendinning, Sarah Jérôme, Kim KototamaLune, Nieto, Célia Nkala, Satoshi Saïkusa, Carolein Smit, Mitsuru Tateishi, Nikolay Tolmachev.

Cabinet Da-End 09, 15 septembre -> 26 octobre 2019
Galerie Da-End17, rue Guénégaud, 75006 Paris
Cabinet Da-End 09, du 15 Septembre au 26 Octobre 2019 Galerie Da-End 17 rue Guénégaud, 75006 Paris Du mardi au jeudi : 14h-19h / Vendredi-Samedi : 11h-19h

A télécharger :

Galerie Da-End

17 rue Guénégaud 75006 Paris
Tel : +33 (0)1 43 29 48 64
Mail : galerie@da-end.com

Site : Galerie Da-End

Du mardi au jeudi, 14h - 19h & du vendredi au samedi, 11h - 19h

Plus sur cette galerie
geofield: 

En ce moment

Toute la programmation