Catherine Bernis

La peau des choses // 11 février -> 22 mars 2016

22 février au 22 Mars 2016

Catherine Bernis,

Autrefois restauratrice de tableaux anciens, l’artiste s’inscrit dans cette vieille tradition, lorsque les peintres mélangeaient la poussière du temps à leur toile. Elle transpose ce savoir de la peinture ancienne, pigments, touches, textures et transparences dans une alchimie des matières qui se situe autant dans les règnes végétal, minéral qu’organique. Elle agence sur le tableau des matières broyées, pigments, colle de peau et détritus des toiles d’antan. Le mystère des objets trouvés lors des promenades, écorces d’arbres, racines, lichens, herbes et papiers écrasés, constitue son fil conducteur. Avec des fils de lin et des branches, elle construit des lignes de forces. Avec son regard d’archéologue et à partir d’indices infiniment petits, elle construit une cartographie d’un espace-temps. Lequel ?

La démarche de Catherine Bernis se situe entre la deuxième et la troisième dimension. Le relief évoque îlots, alvéoles, cratères, nids d’insectes et cocons. Cet entre-deux rappelle un fond marin, un devenir-moléculaire au sens de Deleuze. En même temps se déploie une vue d’en haut avec monts, crêtes et plissement de plaques, formations des bassins et plateaux, ainsi que couloirs sédimentaires. Son œuvre s’inscrit dans une quête de l’impersonnel, de l’indiscernable et de l’imperceptible, cette limite qui sépare la pensée de la non-pensée [1]. En réalisant des paysages qui s’apparentent à des natures mortes tout en filigranes et à un niveau quasiment abstrait, elle explore l’émergence des formes. Se déploie alors un univers entre géologie et architecture.


•    Une pâte blanche, tel un parchemin, constitue sa matière première. L’artiste sculpte une feuille épaisse de 80x80cm en la mouillant, grattant, perforant les diverses strates et en la transformant en relief recouvert d’incisions, scarifications et traces. Au sens de Deleuze [2], ici le but de l’écriture, c’est l’expérience d’un par-delà le sujet. L’œuvre nous met dans le processus d’apparition des formes venues d’un temps-hors-temps dans une immanence lorsque tout est intérieur à tout. Cette couche infra-mince est le point originel de l’œuvre de Catherine Bernis. La vulnérabilité de la matière et les entailles de la vie y sont livrées tout en les préservant, espace qui rappelle l’œuvre  de Lucio Fontana.


•    Un journal constitue son laboratoire à idée. Elle prépare le papier avec plusieurs couches de peintures à l’huile et à l’encre, puis elle dessine des croquis sur le vif. Y sont adjointes également photos et coupures de journaux. Des notes mémorisent ses lectures, ses pensées, une phrase, un mot, liant le visible à l’invisible. Comme dans ses tableaux, l’arrière-plan est fait d’un tissu de fibres, striures, taches, traces de pinceaux. Son travail capte le processus de la création : l’apparition des formes qui naissent d’un milieu et en même temps leur disparition, entre figuration et abstraction. Apparaître et disparaître ne s’opposent plus, mais s’engendrent l’un par l’autre.



Jeanette Zwingenberger, docteur en histoire de l’art, membre de l’Association Internationale des Critiques d’Art (AICA), est commissaire d’exposition indépendante.

[1] G. Deleuze, F. Guattari, Mille Plateaux, Paris, Éditions de Minuit, 1980. Désormais cité : MP, p. 342.
[2] Deleuze considérait le Limousin comme son «deuxième pays».

Catherine Bernis, 11 février -> 22 mars 2016
Galerie Pixi Marie Victoire Poliakoff95 rue de seine, 75006 Paris
Galerie Pixi Marie Victoire Poliakoff

95 rue de Seine 75006 Paris
Tel : 01 43 25 10 12
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Du mardi au samedi de 14h30 à 19h

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Publié le : 15 mars 2016