Charbel-joseph H. Boutros

13 janvier -> 6 mars 2018

Everyday, At the precise moment when the sun starts to fall on Beirut All the lights of the gallery will be turned off, for the duration of 3 minutes


Everyday,
At the precise moment when the sun starts to fall on Beirut
All the lights of the gallery will be turned off, for the duration of 3 minutes

L’exposition prend son titre dans l’une des oeuvres qui y « demeurent » : chaque jour de l’exposition, les lumières éclairant celle-ci s’éteindront, au moment où la nuit tombera sur Beyrouth.
Les éléments de cette oeuvre sont capitaux, comme ils se retrouvent dans la plupart des autres installations minutieusement éparpillées par l’artiste dans l’espace de la galerie. Celle qu’il s’agit de citer en premier, comme elle « soutient » littéralement toutes les autres, est la pièce au sol : une moquette en apparence désordonnée, qui ondule néanmoins au gré des tubes métalliques disséminés en-dessous, dont le poids correspond à celui des galeristes. Servant de socle à toutes les autres oeuvres, ainsi qu’à l’exposition elle-même, la moquette devient, en ce mois de janvier froid, un nouveau sol pour la galerie ; mou, potentiellement sensuel, il vient réchauffer les barres métalliques froides – éléments de construction placés ici à l’horizontale – qui se constituent maintenant en fondations. Les personnes travaillant dans la galerie sont représentées couchées, dormant sous la chaleur d’une couverture, laissant par là même le spectateur symboliquement seul avec les oeuvres d’art, ou en compagnie de ces présences fantomatiques qui se rappellent à lui en entravant son parcours, généralement
lisse.

Une autre couverture, un fragment de couverture, est exposée ; suspendu dans l’espace à la verticale, le morceau de laine sombre se constitue comme écran, comme surface animée des rêves dont sa matière épaisse
est encore imbibée : la couverture provient de la maison de famille de l’artiste, dans la montagne libanaise, et a été longtemps utilisée, notamment pendant la guerre civile libanaise, dont elle témoigne aussi. Le pourtour de la couverture désormais froide est brûlé – « réchauffé » par le feu –, pour la muer en une des nombreuses Cartes
de Nuit qui ponctuent l’exposition ; ici une tâche obscure, éteinte, dont le contour géométrique est devenu irrégulier, organique. Cette transformation par le feu, semblable à un rite de passage – traverser, les yeux bandés, un anneau de feu –, rappelle le pouvoir transformateur des rêves qui nous enflamment et nous guident.

Venant se coupler aux tubes métalliques présents sur le sol, une nouvelle paire de tubes, des néons issus du système d’éclairage de la galerie, est modifiée dans l’oeuvre Neon Light : après avoir été enrobés de cire, comme pour protéger la fragilité du verre, qui protège à son tour la lumière, l’un d’eux est replacé au plafond, et éclaire l’exposition à travers ce nouveau filtre opacifiant, tandis que l’autre se dresse contre le mur. La cire utilisée n’est pas anodine : il s’agit de la cire de bougies votives dérobées par l’artiste dans l’église de son village natal du Mont Liban, avant leur consumation totale, donc encore empreintes d’une partie des espoirs des croyants –
volée elle aussi. Cette même cire sacrée, qui finit en quelque sorte de se consumer dans l’espace profane de la galerie, épaississant la lumière de celle-ci – la rendant plus « divine » ? – de potentialités merveilleuses encore non exaucées, est utilisée par l’artiste dans une autre oeuvre présentée, Night Cartography, où il y trempe un masque de nuit. L’objet, distribué par les compagnies aériennes, est suspendu dans l’espace de travail des galeristes, au-dessus du bureau ; s’y fondent rêves des priants avec rêves de l’artiste, qui se représente ici en dormeur. Deux sortes de rêves, conscients et inconscients, se mélangent. La cire rigidifie l’objet, le renforçant dans son rôle : garder les yeux fermés, dormir comme posture artistique mais aussi politique.

Chaque élément de l’exposition est fait oeuvre : la date du début de l’exposition est décalée, pour correspondre à celle du vernissage de l’exposition de la compagne de l’artiste et la lumière artificielle de la galerie parisienne s’aligne avec celle évanescente des couchers de soleil libanais ; chaque jour, le mur faisant face à la
vitrine de la galerie et recevant la lumière du jour est repeint, au moment précis où le soleil se couche sur Paris.

Protégé, recouvert de jour en jour par les couches de peinture successives, le mur, plutôt que de jaunir, contiendra le soleil de chacun des jours de l’exposition, qui sera « archivé » , mais aussi définitivement
« enterré », entre les fines feuilles de peinture.

Chez H.Boutros, l’exposition est une géographie au sein de laquelle l’art s’accapare la réalité ; l’artiste établit un territoire parallèle au territoire de la « journée », du travail et du monde spéculatif, introduisant le sommeil et la nuit dans les heures d’ouverture journalières de la galerie. Centrée autour de l’expérience du sommeil, l’exposition intensifie le contraste entre l’apparence statique des oeuvres et la fluidité des éléments les composant; les oeuvres, l’artiste, les galeristes, qui semblent tombés en torpeur, ensomnolés, évoluent à l’intérieur des nouvelles géographies proposées, invitant le visiteur à les rejoindre, à entrer pour se réchauffer et se reposer un moment du monde qu’il vient de quitter. À la froide lumière extérieure est préférée une lumière filtrée de rêves qui se déploient dans la galerie, fondant et dégoulinant potentiellement sur le visiteur. Les oeuvres elles-mêmes semblent s’être matérialisées et comportent encore un élément invisible, sollicitant l’imagination: à l’entrée de l’exposition, deux chaussures formant une paire, retirées comme pour ne pas salir le socle de moquette, nous apparaissent comme identiques. Chaque chaussure de la paire a pourtant été portée
par une personne différente : l’artiste et son ami. Rassemblées ici, Réconciliées, elles se racontent chacune leurs voyages différents, l’un à travers l’Europe, et l’autre plus local, libanais. La trace de ces jours marchés est contenue dans le papier jauni de A Day under Different Suns : une page d’un éphéméride, au moyen duquel l’artiste a « enregistré » une année en permettant à chaque soleil de chaque jour de cette même année d’imprégner le papier de sa chaleur…

Un radiateur en marche se regarde dans une glace, nous donnant à voir autre chose que son côté industriel froid : la douce vague de chaleur irrégulière qui s’en dégage.


Stéphanie S.
 

Charbel-joseph H. Boutros, 13 janvier -> 6 mars 2018
GDM, Galerie De Multiples17 RUE SAINT-GILLES, 75011 PARIS
GDM... est ouverte du mardi au samedi de 11h à 19h
GDM, Galerie De Multiples

17 rue Saint-Gilles 75003 Paris
Tel : 01 48 87 21 77
Mail : contact@galeriedemultiples.com

Site : Galerie De Multiples

Du mardi au samedi de 11h à 19h

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Publié le : 9 janvier 2018

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