Concrete Cities

Lawrence Abu Hamdan, Marwa Arsanios, Alexander Apóstol // 9 janvier -> 12 mars 2016

«Puissent nos bétons si rudes révéler que, sous eux, nos sensibilités sont fines...» Hommage du Gouvernement par André Malraux, Ministre d'Etat chargé des Affaires Culturelles le 1er septembre 1965

Le vingtième siècle a consacré la domination du béton. Un matériau de construction qui a donné à l’architecture une liberté d’expression nouvelle et qui a permis la création de formes insolites et d’espaces différents. Parmi les admirateurs des propriétés du béton, on trouve Le Corbusier qui a révolutionné son usage pour en faire l’ossature de ses idées. Entre 1956 et 1960, il construit à Eveux, La Tourette, un monastère dominicain fait entièrement en béton. Ici Le Corbusier joue avec la pesanteur de cette matière à la fois rude et malléable. Le béton armé est aussi le protagoniste de ses premières unités d’habitations. En 1952, la première “cité radieuse” voit le jour à Marseille. Cette construction n’était que la première d’une série d’un nouveau type de ville, des “cités radieuses”, harmonieuses et proches de la nature. Une habitation à mesure d’homme faite pour le bonheur de ses habitants. Mais, malgré les efforts des architectes et des urbanistes qui ont aspiré à améliorer le monde en créant des villes de la gaieté, le béton incarne aujourd’hui la monotonie et la faillite des banlieues contemporaines. Nous sommes entourés de béton. Tout se ressemble et le gris prédomine.

« Concrete Cities » présente le travail de trois artistes: Lawrence Abu Hamdan, Alexander Apóstol et Marwa Arsanios qui utilisent le béton de différentes façons pour réfléchir à l’architecture des villes modernes.

Dans la video Soy la ciudad (2005) de Alexander Apóstol, un travesti évoque l’échec architectural et urbanistique de Caracas en récitant des extraits du livre Vers une architecture (1930) de Le Corbusier. La maison idéale de l’architecte vient heurter la triste réalité d’un pays qui, malgré l’afflux de richesses pétrolières, ne parvient pas à se moderniser. « Nous sommes malheureux parce que nous vivons dans des maisons indignes » affirme le travesti pendant que son maquillage se déforme lentement en perturbant son visage et son optimisme initial. Au fur et à mesure que le discours avance, les citations de l’architecte perdent leurs sens, le lien avec la ville se dissout et la défaite du béton se fait plus grave.

Pendant les années 1950, un projet de réaménagement du quartier Chavez Ravine de Los Angeles oblige les immigrés mexicains à quitter leurs habitations. Initialement, l’architecte Richard Neutra avait prévu de développer un complexe urbain nommé Elysian Park Heights avec deux douzaines de bâtiments de treize étages et plus de cent soixante maisons à deux étages, ainsi que des terrains de jeux et des écoles. Mais, dans un contexte anti- communiste, le projet n’a pas pu aboutir et ce quartier a été rayé de la carte pour laisser place au stade de baseball des LA-Dodgers. La série de photographies numériques de Alexander Apóstol revient sur cette histoire complexe en adoptant le slogan de l’équipe : Think Blue (2007-2010). Le passé et le présent se rencontrent dans ces images qui témoignent l’usurpation d’un territoire au profit de la construction d’un symbole en béton armé.

Durant la même période, l’architecte Constantinos Apostolos Doxiadis est invité par le gouvernement libanais à élaborer un plan national pour le logement dans l’ambition de lancer un véritable aménagement régional. Il développe ainsi dix-huit types de bâtiments résidentiels innovants qui interagissent avec l'environnement et qui utilisent des matériaux de construction locaux. Mais après le changement de gouvernement en 1958, le projet est oublié et aucun chantier n’est programmé. Cet échec reflète le désintéressement d’une classe politique face aux problèmes du mal logement. Dans After Doxiadis, A Proposal for a New Social Housing Project (2013), Marwa Arsanios fait ressurgir le projet inachevé en reproduisant deux maquettes en béton des typologies de logements pensés par Costantinos Doxiadis. Cette installation tente de montrer à quoi ce projet pourrait ressembler aujourd’hui. Cette faillite de ce projet de « vivre ensemble » souligne dans un lointain écho la désintégration de l’Etat libanais.

Lawrence Abu Hamdan creuse aussi dans l’histoire pour repérer les manifestations sonores qui ont fait vibrer la ville. Dans Marches (2005-2008), un groupe de performeurs se balade dans les quartiers urbains avec des chaussures modifiées. Des talons en bois épais et des semelles cloutées pour faire ressortir le son de la ville et créer une nouvelle cartographie qui explore la perception auditive dans l’environnement bâti et qui est produite par la matière première de notre civilisation urbaine : le béton. 

 

Concrete Cities, 9 janvier -> 12 mars 2016
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Publié le : 10 mars 2016