Elise Peroi

Proche du soleil // 11 septembre -> 10 octobre 2020

Elise Peroi, jeune artiste française, transcende le tissage pour tendre vers un art total où s’invite la performance.

Elise Peroi, Icare à balançoire, Laine, coton, lurex, acier, laiton, 150 x 78 x 113 cm, 2019 - photo : thomas jean henri

Tisser est une activité millénaire qui se caractérise par une conversation lente entre une structure fixe - la chaîne - et les mouvements répétés de la navette, instrument porteur de fils qui dans ses va-et-vient inscrit la trame. Le tissage prend forme comme la terre se cultive, par le labourage patient, une rangée après une autre, sillon après sillon. Sa symbolique est fondatrice dans de nombreuses mythologies ; le plus souvent pour évoquer le fil fragile de la vie tenu par la main fatale de quelque divinité. Pour Elise Peroi, la dimension métaphorique de la pratique compte au même titre que la création matérielle. La mise au monde d’une œuvre tissée devient un tout où le corps de l’artiste se fond dans le processus. La matière s’étend dans l’espace à travers performances, danses, sons et récits… ou simplement par le volume qui lui est donné pour ouvrir ses « poumons », répandre son territoire. La nature est un sujet de prédilection et ses matériaux sont souvent directement intégrés aux œuvres (tronc d’arbres, graminées).

Elise Peroi est très marquée par la pensée du paysagiste Gilles Clément quant à la coopération avec la nature (Faire le plus possible avec, le moins possible contre). Elle l’est aussi par la réflexion de Michel Foucault sur Les Hétérotopies, ces lieux et territoires autres, où rêves, fantasmes et états de transitions peuvent s’épanouir. Le jardin - paradis créé par l’Homme – est de ces espaces à part. Il a notamment inspiré les tapis persans – chaque tapis étant en soi un petit monde mobile - qui sont à leur tour à l’origine du travail récent de l’artiste. Elle s’y sert de la technique de touffetage, qui permet aux fils de jaillir de la surface tel des croissances qui tirent vers la lumière.
Le soleil, force vitale, est au cœur de nombreuses œuvres d’Elise Peroi. Il est traité comme sujet en soi - lumières et végétaux rayonnent depuis le centre palpitant d’un losange - ou bien à travers le mythe d’Icare, lui qui fut trahi par ses ailes de cire quand dans l’ivresse de son vol, il approcha l’astre de trop près. Elise Peroi revisite notamment l’interprétation de Pieter Brueghel l’Ancien qui ne montre que les jambes d’Icare enseveli dans la mer sous un soleil puissant et devant l’indifférence d’un monde qui poursuit son labeur terrestre. L’artiste a approché le mythe sous un angle ludique, imaginant d’abord qu’Icare décollerait depuis une rampe de skateboard avant d’opter pour la balançoire qui offre une approche du soleil à la montée (sensation grisante de l’enfance) aussitôt suivie de la redescente où le rêve rencontre l’humilité. L’imaginaire et le récit ont ici toute leur place comme dans l’ensemble des œuvres d’Elise Peroi. En les concevant et en les créant, l’artiste se raconte des histoires qui s’inscrivent dans le travail. Confronté à ces surfaces aux multiples parcelles, le spectateur développe à son tour son récit. C’est le cas face à Mal peignée, une œuvre délicate où la structure de lin fait régulièrement place à des tiges de graminées effilées dont l’inflorescence dépasse la délimitation du tissage. Les fils de la trame coupée laissés à l’état brut telle une chevelure prise par le vent constituent la partie inférieure de l’œuvre. Les rayures régulières qui la surplombent rencontrent ici un beau désordre sensuel.

L’étymologie du mot textile - du verbe latin texere - révèle un lien intéressant. De sa signification initiale (1er siècle è. c.) mettre à l’abri ; cacher, recouvrir, protéger – actions en lien avec l’architecture – le sens évolue pour signifier également ourdir, tisser, tresser et entrelacer un siècle plus tard. Elise Peroi a souhaité faire passer ce double sens dans son travail. Ainsi, des architectures de tiges métalliques remplacent le cadre du métier pour maintenir en tension et en volume ses œuvres dont nombre sont « à soufflet » : les fils pairs sont tissés entre eux, les fils impairs de même et les uns et les autres sont rassemblés de part et d’autre par un point toile, créant une ouverture entre les deux épaisseurs. Ainsi, on peut regarder à l’intérieur des œuvres qui ondulent sur des structures légères faisant naître un équilibre sophistiqué entre plein et vide. Un souffle peut traverser et animer l’œuvre.

 

p a r c o u r s


Elise Peroi (née à Nantes en 1990) grandit en France avant de rejoindre Bruxelles pour étudier à l’Académie Royale des Beaux-Arts. Elle en sort diplômée d’un Master en Design textile en 2015 et vit depuis dans la capitale belge où elle a son atelier.

En 2018, son œuvre fait l’objet d’une exposition personnelle au Musée mode et dentelle de Bruxelles. L’artiste participe à de nombreuses expositions collectives en France, en Belgique et en Italie depuis 2015 et est régulièrement invitée pour des résidences dans le cadre de son travail de plasticienne ou de performeuse (Fondation privée Carrefour des arts, Bruxelles ; La Serre – arts vivant, Montréal ;  Fédération Wallonie Bruxelles, Ile de Comacina, Italie ; etc.). Soutenue par les Halles de Schaerbeek depuis 2016, elle développe des performances textiles qui se nourrissent du tissage. Sa collaboration avec la danseuse et chorégraphe hongkongaise Mui Cheuk-yin a donné lieu à des performances à Bruxelles comme à Hong-Kong.

Elise Peroi est récompensée par le Prix d’excellence de la ville de Bruxelles en 2015, le Prix Young Belgium Talents de The Affordable Art Fair Brussels en 2017 et le Prix de la fondation Charles Oulmont (Paris) en 2018. Le Botanique (Bruxelles) consacrera une exposition personnelle à Elise Peroi en 2021. Proche du Soleil est son premier solo show à la galerie Maria Lund.

 

 

Elise Peroi, 11 septembre -> 10 octobre 2020
Galerie Maria Lund48 rue de Turenne, 75003 Paris
Vernissage le jeudi 10 septembre de 17h à 20h30.

A télécharger :

Galerie Maria Lund

48 rue de Turenne 75003 Paris
Tel : 01 42 76 00 33
Mail : galerie@marialund.com

Site : Galerie Maria Lund

Du mardi au samedi de 12h à 19h

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Publié le : 27 août 2020

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