Frédéric Coché

Quelques histoires de Niebelungen // 17 juin -> 25 juillet 2020

Galerie La Ferronnerie, Paris IIe

Légende : Frédéric Coché, Brunnhilde, planche 16, 2020, eau forte sur zinc.

 

Frédéric Coché, à l’invitation d’Aurélien Gleize*, a composé un corpus de 72 eaux-fortes autour du Ring de Richard Wagner : Elles seront exposées à la galerie la Ferronnerie pour ‘Quelques histoires de Nibelungen’

Cet ensemble donnera lieu à une publication aux éditions la Pommerie et Fremok, avec textes et entretiens entre     Frédéric Coché, Gwladys Le Cuff** et Aurélien Gleize.

 

Entretien entre Frédéric Coché, Aurélien Gleize et Gwladys Le Cuff. 

Ontinyent, Espagne, 17/23 octobre 2019. Extraits :

Aurélien Gleize : En 2018, j’ai publié une monographie sur la mise en scène du Ring de Richard Wagner par Frank Castorf à Bayreuth (2013-2017). C’est à la suite de ce livre que nous avons pris contact et que je vous ai proposé de faire votre propre version du Ring.

Première question : qu’est-ce qui vous a amené à accepter, sachant que vous n’aviez aucune connaissance préalable ni de Wagner ni de Castorf ? 6 mois de travail, interrompant de surcroît un projet personnel en cours ?

Frédéric Coché : Réponse triviale : c’est une commande, qui s’inscrit dans l’équilibre que je maintiens entre travaux personnels et sollicitations extérieures. On a d’abord discuté de la possibilité d’illustrer par des planches gravées la 2e édition du livre sur le Ring de Castorf, puis j’ai considéré que le mieux pour moi serait de faire une bande dessinée complète, autonome. Donc une série de 60 et quelques gravures, qui feront aussi un livre. Construire une narration à partir de mes propres apports, de mes références, de mon histoire de l’art, autour des thématiques que Wagner développe dans sa Tétralogie.

Certains de mes livres précédents, Hortus Sanitatis, Ars Simia Naturae, Hic Sunt Leones étaient aussi des commandes. Je ne fais pas tellement de différence. On me donne une contrainte, un axe autour duquel travailler, donc peut-être les idées s’ordonnent-elles plus facilement. Les personnages sont définis, les structures narrative et symbolique aussi, ensuite je peux faire ce que je veux, enlever, rajouter... Cela s’est construit très vite finalement, entre mai et maintenant, en octobre, et c’est presque fini. La commande, c’est le point de départ, mais aussi ce qui permet de travailler dans des conditions matérielles décentes.

[...]

Gwladys Le Cuff : Quant à la composition du récit : 14h d’opéra réduites en 64 planches… Comment faire un modèle réduit du Ring, supprimer des personnages et des trames narratives, en ajouter d’autres… Selon quels critères ?

Pour me donner le plus de choix possible, j'ai augmenté le nombre de sources, visuelles et théoriques. J’ai lu le livre sur Castorf, regardé des mises en scène, Chéreau par exemple. J’ai lu les livrets, qui donnent quelques indications spatiales, visuelles, mais évidemment mettent surtout en évidence les dialogues - or mon Ring est entièrement muet... J’ai été regarder les sources mythologiques de Wagner, pour voir comment il choisissait, triturait les choses. Après, il y a des choix personnels, sur lesquels on pourra revenir ensuite : ainsi, j’ai eu envie de travailler avec des références à la culture religieuse indienne, pour le personnage de Brünnhilde notamment.

[...]

A.G. : Le livre comprendra les planches du récit, encadrées d'une part de planches de personnages et de décors, d'autre part d'un appareil critique : cet entretien, l'essai de Gwladys, et des notes marginales, planche par planche, entre l'iconologie et la description du travail de création. On pourrait donner un exemple ?

F.C. : Le Walhalla à tête d'araignée, et les géants-araignées. Contrairement aux dieux, les géants sont des travailleurs, des bâtisseurs, comme les titans grecs, en même temps monstrueux et dangereux. L’araignée aussi, qui travaille, tisse sa toile et peut tuer. À partir de là, il y a un travail d'engendrement des figures, au croisement des images dont j'hérite, de celles de l'opéra, des relations que va construire le lecteur. Par exemple, autour du personnage d'Alberich, dont j'ai fait une sorte de ver. Il y a des mythes où l'équilibre vient des échanges entre une puissance créatrice du monde (ici ce seraient les dieux, dans leur fonction fécondante), monde que l’araignée structure et que le ver détruit.

Gwladys Le Cuff : On pourrait aussi dire que le ver a un rapport au tissage (le ver à soie), et qu'il ourdit des complots. Mais le nain Alberich s'oppose aussi aux géants, comme le petit au grand, et il ne travaille pas, c'est son peuple des Nibelungen qui travaille pour lui.

Aurélie Gleize : Et il est plus proche des dieux : c'est un Albe (Albe noir), comme Wotan (Albe de lumière).

Frédéric Coché : Les dieux pour moi sont les spermatozoïdes qui fécondent le monde et le récit. Alberich est aussi cet être informe, d'avant les "vrais personnages", les humains. C'est un embryon, un phallus dérisoire, un être chthonien qui désire son opposé, les formes archétypales hyperféminines des filles du Rhin.

[...]

**Gwladys le Cuff, historienne de l'art (Cral-Cehta, Ehess, Paris)

*Aurélien Gleize, éditeur, La Pommerie, Tarnac, France

 

Frédéric Coché , 17 juin -> 25 juillet 2020
La Ferronnerie40 rue de la Folie-Méricourt, 75011 Paris
Du mardi au vendredi de 14h à 19h et le samedi de 13h à 19h Inauguration mercredi 17 juin de 14h à 21h et jeudi 18 juin de 14h à 21h
La Ferronnerie

40 rue de la Folie-Méricourt 75011 Paris
Tel : 01 78 01 13 13
Mail : bn.ferronnerie@gmail.com

Site : La Ferronnerie

Du mardi au vendredi de 14h à 19h et le samedi de 13h à 19h

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Publié le : 4 septembre 2020

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