Jonas Wijtenburg

Becoming/Unbecoming/Rebecoming // 7 janvier -> 25 février 2017

Jonas Wijtenburg fait partie de talentueux sculpteurs émergeants aux Pays-Bas et en Europe. Il expose régulièrement dans les institutions de référence comme Garage (Rotterdam), de Pont Museum (Tilburg), Valkhof Museum (Nijmegen). Il était également invité par Art Rotterdam pour présenter ses travaux récents lors de sa treizième édition, en 2014.

La nouvelle série d’oeuvres de Jonas Wijtenburg se compose d’un ensemble de constructions stylisées en bois, plein de surprises et de retournements inattendus. La série poursuit une recherche qui, tout en retraçant l’histoire de la sculpture, reflète simultanément son évolution personnelle. Des cycles tels que l’observation, l’oubli, la réévaluation, sont, sous la forme de la construction, la déconstruction et la reconstruction, à la source même de la pratique artistique de Wijtenburg. De son point de vue, ses sculptures ne sont jamais achevées ; elles font partie d’un processus continu de devenir et de détérioration, et s’inscrivent, avec le temps, en parallèle d’un cycle au cours duquel des idées oubliées se manifestent sous de nouvelles formes. À première vue, les structures murales – méticuleusement réalisées à partir de matériaux tels que du bois précieux – sont d’une certaine manière des réminiscences d’encadrements luxueux et de cabinets suspendus, dans, ou sur, lesquels il serait tentant de placer quelque chose. Avec leur simplicité, les teintes brun-gris discrètes du bois et leur abstraction géométrique, les objets penchent aussi fortement vers la tradition de l’art minimal. À y regarder plus attentivement, lorsque les jointures d’ébénisterie attirent notre attention, leur construction se révèle bien moins simple. De plus, certaines des nouvelles œuvres sont fondées sur un système modulaire méticuleusement réfléchi, déterminant sa corrélation à partir de la logique propre à un système auto-imposé. Cela se réfère, selon Wijtenburg, à un processus d’échange réciproque dans lequel ses œuvres dans l’espace ne sont pas de simples reflets de ses idées, mais génèrent, en retour, une sorte de concept d’espace qui façonne sa manière de penser. Les nouvelles œuvres de Wijtenburg sont plus apaisées et graves que ses précédentes installations qui, à l’inverse, se caractérisaient en partie par une forme de spontanéité, d’imprévisibilité et d’instabilité. Elles étaient composées de piles d’éléments en bois agencés de manière apparemment hasardeuse, résistant à peine à la gravité et qui, en agissant avec force et emphase sur les sensations physiques des spectateurs – chute, glissement, inclinaison, effondrement, culbute, épuisement – appelaient, pour d’évidentes raisons, à des contre-mesures. Ce motif d’empilement caractéristique est repris dans certaines des nouvelles œuvres, tout comme les supports de construction ou les crics – bien qu’ils soient présents de manière bien moins manifeste qu’auparavant. Ces éléments anciens contrastent vivement avec le système modulaire soigneusement conçu qui est désormais mis en avant. Plutôt que d’admettre que les sculptures sont terminées, Wijtenburg les considère comme étant soumises à différentes étapes d’un cycle continu menant de l’origine au déclin. Rétif à l’idée de gâchis, il a mis en place un système permettant de réutiliser des parties plus anciennes. Ce qui était au départ nécessité pratique est devenu petit à petit un élément important et substantiel que Wijtenburg a par la suite transformé en un ingénieux système de profils emboités. C’est parce que le processus de fabrication tient une place essentielle dans son travail que Wijtenburg réalise tout lui-même, utilisant différentes techniques d’ébéniste venant de la menuiserie traditionnelle. Cela demande une grande habileté, de la précision et de la concentration. S’appuyant sur la logique de ce régime auto-imposé, déterminé en grande partie par la technique et le matériau, Wijtenburg crée un langage formel singulier, stylisé, presque élégant parfois, composé de profils, rainurages, assemblage à rainures, et chevilles en bois. Lorsqu’on l’interroge sur ses sources d’inspiration, Wijtenburg cite le travail de l’artiste américain Donald Judd, devenu mondialement célèbre avec un vocabulaire – pour l’époque – radicalement nouveau et typique du minimalisme, développé en produisant des objets abstraits au fini parfait provenant de matériaux industriels comme le contreplaqué, le béton et le Plexiglas. Wijtenburg, à son tour, se sert de son travail pour appréhender l’espace, jouant avec des éléments tels que la forme, la matière, le rythme et la structure, et travaillant pour atteindre une composition équilibrée aux proportions homogènes. Son système modulaire caractéristique semble souligner les choix et les décisions qui fondent son travail. Le recours à des profils coulissants rend la modification de l’œuvre facile en apparence, que ce soit en ajoutant de nouveaux éléments ou en déplaçant certaines parties, comme si l’œuvre pouvait, à n’importe quel moment, être démontée et transformée en quelque chose d’autre. Cela montre, à juste titre, que son travail, et de règle générale toute œuvre d’art, est toujours le résultat d’un éventail de possibilités et de prises de décision. Cela soulève également la question de pourquoi l’œuvre ressemble à ce qu’elle est, et place les spectateurs face au défi de devoir réfléchir aux choix qu’ils auraient fait. Un élément qui est frappant, et nouveau pour Wijtenburg au sein d’un travail sinon abstrait, ce sont ces images énigmatiques en noir et blanc de statues de bronze dissimulées dans les objets muraux, et toujours dévoilées en partie seulement. Elles représentent toutes le Doryphore (le porte-lance) de Polyclète, un sculpteur grec du Ve. s. avant notre ère. L’histoire voudrait qu’il soit l’inventeur du contrapposto, une position dans laquelle le poids de la statue est placé sur une jambe alors que l’autre est relâchée, conférant à l’ensemble une attitude plus libre et moins rigide. Il est également la source la plus probable d’un ouvrage perdu intitulé le Canon (« la règle ») qui traitait de la sculpture et de notions comme le rythme, la symétrie et l’harmonie. Polyclète était en quête des proportions humaines parfaites, les cherchant et les trouvant dans les athlètes de son époque. En intégrant l’image du porte-lance, Wijtenburg semble vouloir mettre en lumière le fait que son œuvre doit beaucoup au regard que portait ce sculpteur classique sur l’humanité, et aussi qu’il souhaite revenir aux fondements de la sculpture. Selon Wijtenburg, ses structures en bois ne sont pas en lien direct avec la figure humaine, mais sont une interprétation du principe sous-jacent au système de mesures rigoureux auquel se conforment les proportions et les dimensions idéales de l’homme. C’est comme si Wijtenburg avait trouvé une manière de canaliser et de discipliner ses combats quotidiens et son énergie débordante dans une structure qui lui donne, contrairement à ce à quoi les systèmes et structures restrictifs sont généralement associés, la liberté d’exprimer son existence dans une œuvre apparemment tranquille et harmonieuse. — Sue-an van der Zijpp, Curator of Contemporary Art, Groninger Museum (NL)

Jonas Wijtenburg, 7 janvier -> 25 février 2017
Lily Robert3 rue des haudriettes, 75003 Paris
Mardi-Samedi, 11h-19h
Lily Robert

3 rue des Haudriettes 75003 Paris
Tel : 01 43 70 03 01
Mail : lily@lilyrobert.com

Site : LILY ROBERT

Du mardi au samedi de 11 h à 19 h

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Publié le : 12 janvier 2017

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