La Fabrique du Temps - acte 2

Vernissage dimanche 30 aout 2020 // 30 août -> 26 septembre 2020

Faisant suite à "La Fabrique du Temps", thème d’une première exposition axée sur l’interprétation du temps et sa matérialisation, l’acte 2 se focalise sur une approche où prédomine l’idée de résurgence du passé dans le monde présent. Témoignage d’un monde disparu ou qui s’effondre, réactivation d’une image passée ou d’un lieu abandonné, révélation des affres du temps ou fantasme d’un âge d’or, autant de propositions d’artistes venus d’horizons divers questionnant la pertinence de la mémoire et de l’histoire dans le monde présent et à venir.

Comment ne pas se demander ce qui a changé et ce qui n’a pas changé en près d’un siècle dans l’Amérique profonde en regardant l’oeuvre de Camille Fallet? Revisitant une mythologie visuelle des
années 30, l’artiste emprunte le même point de vue, au même endroit pour photographier puis tirer en noir et blanc la même scène de rue "Two Family Houses in Bethlehem, Pennsylvania" de Walker Evans.
En contrepoint à cette apparente immuabilité du cadre, des lieux à l’abandon, espaces lugubres délaissés de l’histoire urbaine, sont extirpés de
l’oubli pour renaître à une existence possible dans "Precair immo" de l’artiste Nathan. D’apparence farfelue et utopique, ce projet vise à se réapproprier l’espace public pour redonner une apparence viable à de possibles logements pour sans-abris. Entre documentaire et publicité tapageuse, la video d’un réaménagement opéré par l’artiste avec des moyens de fortune stigmatise progressivement les syndromes d’un présent de l’abandon.
Témoins d’un monde ravagé et éteint, tels des survivants d´une catastrophe dûe à des éléments comme l’eau et le feu, les oeuvres de Paula de Solminihac renvoient à la fragilité de la culture face aux
assauts de la nature et du temps. L’artiste chilienne reconstitue ainsi des "archeological matters" faits de terre, lin, etiquettes et ficelle. Son approche contemporaine de l’archéologie se réfère notamment à la chaine de transformation énoncée par Lévi Strauss, ce qui l’a conduit à utiliser son propre journal pour en expérimenter une nouvelle dimension. Ses cascaras, sortes de fossiles cocon, s’apparentent à des
coquilles faites avec le papier de ce journal et du lin. Elles ont pris forme en enveloppant une boule de sable noir mouillé. Présentées en collier ("Collar"), les cascaras symbolisent cette alchimie de
transformer l’inutile en utile. La récurrence de la forme circulaire est en outre un signe du cycle de production et d’un éternel recommencement.
C’est aussi en se référant à sa propre histoire que Louisa Marajo analyse un monde qui s’effondre et qui se traduit dans une approche artistique où tout se mêle et se transforme en une sorte de chaos
perpétuel. Ainsi une photographie figurant la mer de ses Antilles natales devient le champ d’un dessin au graphite où des débris d’installations de son atelier semblent refluer avec l’écume ("L’Ecume de la Mer"). Ici deux temporalités s’affrontent, l’une réelle, l’autre imaginaire.
A travers un tissage complexe de clichés, cartes postales et photographies politiques recouvrant des manuels scolaires algériens, Katia Kaméli présente une lecture dynamique faisant circuler le
regard sur l’écriture de l’Histoire et le rôle des images dans la fabrication d’un récit national. "Soyez les bienvenus" est une formule de politesse bien connue des Algériens qui rappelle ironiquement la violente colonisation française lors du débarquement en 1830.
Dans "Variable (s3)", Vincent Lemaire vise à représenter la relativité du temps en confrontant deux cycles temporels. Trois images d’une même photographie de Mars représentent un premier cycle qui se répète trois fois. Un paysage factice en contre-forme se déploie dans la partie inférieure de ces trois tirages et représente un seul cycle qui se déploie d’image en image. Ce paysage blanc est un photogramme qui a été réalisé à partir de fragments d’asphalte récupérés dans l’allée de l’immeuble qui a vu grandir l’artiste. La photographie martienne se répète, comme un disque qui saute, pour revenir toujours au même endroit, rappelant cette imuable rotation planétaire par laquelle nous sommes tous régis. Le paysage absent, confectionné avec ces reliques du passé, poursuit quant à lui inlassablement son chemin. Représentation d’un temps relatif qui pourrait être aussi bien passé que futur.
Fruit de ses investigations menées depuis trois ans sur ce qui disparait et ce qui demeure, ceux qui partent et ceux qui restent, Aristide Barraud présente une oeuvre inédite et représentative de sa démarche artistique où le texte calligraphié se conjugue avec la photographie argentique. Cette approche du temps emplie de nostalgie s’inscrit dans une mise en exergue des enjeux sociaux auxquels se confronte l’artiste.
Françoise Coutant matérialise avec poésie l’écoulement du temps dans ses "Escaliers de poussière" quand Sebastian Riemer révèle dans sa série "Girls" l’érosion d’une image photographique trop longtemps
exposée dans une vitrine de Tel Aviv: brûlée par les rayons du soleil, les couleurs disparaissent et l’émulsion photographique part en lambeaux
A rebours du processus archéologique, Sophia Pompéry nous entraine dans le futur où des objets du quotidien d’aujourd’hui, telle une brosse a dents, auront l’apparence de vestiges du temps passé.
En ces temps de profonds bouleversements de tous ordres, une telle démarche questionne l’opportunité de préserver la mémoire, même des choses apparemment banales, pour envisager le monde de demain.

La Fabrique du Temps - acte 2, 30 août -> 26 septembre 2020
Galerie DIX919 rue des Filles du Calvaire, 75003 Paris
mardi - vendredi 14h - 19h, samedi 11h - 19h et sur RV
Galerie DIX9

19 rue des Filles du Calvaire 75003 Paris
Tel : 01 42 78 91 77
Mail : info@galeriedix9.com

Site : Galerie Dix9

Du mardi au vendredi de 14h à 19h, le samedi de 11h à 19h

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Publié le : 4 août 2020

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