LUCIEN MURAT

One to Rule Them All // 7 décembre 2019 -> 25 janvier 2020

Pour sa première exposition personnelle à la Galerie Suzanne Tarasieve, Lucien Murat présente une pléiade de tapisseries apocalyptiques. L’artiste français, récompensé en 2015 du Prix Arte/Beaux-Arts Magazine place au centre de ses œuvres le récit mythologique qu’il a créé : dans un monde ravagé et hostile, le démiurge Mégathesis, héros doté de trois bras, de quatre jambes et d’une tête lacérée, enfanté par la déesse Vina, engendra un jour en vomissant toute la bile de son corps la naissance de cinq mondes, cinq abominations liées aux cinq sens : Haptomaisaker (le toucher), les Anhomakers (la vue), les Akoetors (l’ouïe), Téhamaker (le goût), Osmekor (l’odorat). On accompagne ainsi le héros affrontant ces cinq mondes cruels. Il n’est jamais à l’abri des tirs de laser, des jets de pétrole enflammé, des bucranes radioactifs et des projectiles mortels. Les protagonistes évoluent et se combattent devant un arrière-plan nerveux, électronique mais ne se soucient guère de ce cadre – ils le dépassent, l’endommagent et le fracassent.

Étranges sans être étrangères, les images de Lucien Murat ne peuvent que difficilement laisser indifférent, et ce parce qu’au-delà de leur violence crue, elles sont structurées par un réseau d’antagonismes, d’assemblages et de confrontations, de citations et de créations. Attentif à l’histoire de l’art & craft, l’artiste hybride les techniques pour annuler les persistantes dichotomies entre le high et le low, le Beau et le populaire, bref, entre l’art et l’artisanat. Il s’empare alors des subcultures (jeu vidéo, bande dessinée, canevas, science-fiction) pour générer des alliances avec la peinture, le cinéma, la sculpture et la tapisserie et crée ainsi une délicieuse mais improbable alliance – le pixel et le point de la tapisserie révèlent leur incontestable parenté. La cohabitation des techniques (acrylique sur patches, bâches et tapisseries chinées) et références génère un chaos, une violence, une explosion, un vertige, une résistance.[1]

 

Le vacarme est assourdissant. Les chocs de ferraille, les aboiements et hurlements de chiens monstrueux et les incessantes détonations sonnent le glas d’une ère sombre comme un hallali funeste. Cyborgs, mutants, taureaux et chiens se combattent à tirs de lasers et de jets de pétrole enflammé ou d’acide sous une odeur suffocante d’huile, d’asphalte brûlé, de gaz toxiques, de métal et d’hydrocarbures.

Ces impitoyables duels et chasses apocalyptiques, accompagnés tantôt des sourds vrombissements de courants électriques, tantôt du crépitement des pixels se jouent dans un espace rythmé par une géométrie d’écrans informatiques en perte de connexion et de projections de canevas. On assiste dans ce complexe paysage à des combats, des naissances, des viols et des poursuites.

 

Dans ses tapisseries mêlant l’esthétique vidéoludique des années 1990 et celle des canevas traditionnels montrant des paysages champêtres, des scènes religieuses ou des rencontres galantes, l’artiste crée un travail loquace et polysémique qui gagne tout de même à être lu en considérant ce que l’on a nommé condition ou art « post-internet », parce qu’elles en dérivent. Ses images sont paradoxales, impossible de ne pas y voir notre ère, en même temps qu’elles montrent un présent presque passé, déjà légèrement suranné.[2] Les scènes mythologiques qui s’y jouent illustrent à la manière des mythes grec antiques les erreurs et les vices que nous sommes condamnés à répéter. L’écriture mythologique est un recours pour donner un sens à l’inexplicable, ou Internet a créé un invisible, un insondable. Mégathesis apparaît ainsi comme le guide d’une nouvelle réalité, virtuelle, et d’un avenir qui l’est autant.[3]



1, 2 Julie Crenn, tiré du catalogue de l’expostion, One to Rule Them All, Galerie Suzanne Tarasieve, Paris, 2019.

3 Clément Thibault, tiré du catalogue de l’expostion, One to Rule Them All, Galerie Suzanne Tarasieve, Paris, 2019.

 

 

LUCIEN MURAT, 7 décembre 2019 -> 25 janvier 2020
Galerie Suzanne Tarasieve7 rue Pastourelle, 75003 Paris
Galerie Suzanne Tarasieve

7 rue Pastourelle 75003 Paris
Tel : 01 42 71 76 54
Mail : info@suzanne-tarasieve.com

Site : Galerie Suzanne Tarasieve

Du mardi au samedi de 11h à 19h

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Publié le : 16 janvier 2020

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