Nicolas Dhervillers

Mémoires empruntées // 16 mai -> 1 août 2020

Première exposition de l'artiste à la galerie. Pour cette première collaboration, nous avons souhaité mettre en lumière la pratique de dessin de l’artiste à travers trois séries aux techniques variées: le pastel avec "Remake", le tranfert photographique avec "Transfer" et le graphite avec "Les Augures" Exposition du samedi 16 mai au samedi 1er août 2020

Nicolas Dhervillers, Remake, pastel sur papier

Pour sa première exposition personnelle à la galerie Dilecta, l’artiste présente exclusivement ses oeuvres sur papier : pastels, graphites, transferts photographiques offrant une déclinaison de paysages brumeux et évanescents puisés dans la peinture et la photographie du XIXe siècle, de Turner et Constable à Ivan Aïvazovski, ainsi que le maître de la photographie de paysage, Gustave Le Gray. Sous le titre « Mémoires empruntées », ce jeu de citation et d’interprétation qui permet de croiser les lignes du dessin et de la photographie réunit les trois séries présentées, Remake, Transfer et Les Augures. 

 

1/ REMAKE (2015 - 2020)

 

"Ces ciels n’étaient qu’un simple élément au «fond» de l’image, un infime détail de la prise de vue, un éventuel point de fuite de la composition. 

En les prélevant afin de les redessiner à partir d’une feuille blanche (avec pour seule aide quelques pastels et un pantone de couleurs), c’est à une tentative de recréation, soit littéralement un « remake » mais aussi de réouverture de l’image photographique que se livre Nicolas Dhervillers. L’image est reprise; l’artiste « en repart » pour créer autre chose. 

Point de départ d’une nouvelle image, ce morceau de ciel qui constituait la limite ultime de la photographie devient le point nodal de sa 

continuation. Comme une tension vers l’infini. 

 

Ainsi recommencée («remade» dira-t-on en l’occurrence) en son point le plus élémentaire (celui-là même qui sur la photographie dont il est issu n’occupait que quelques centimètres), l’image se réinvente. Reprise à la main, à même le papier, elle se réincarne. 

De ce qui n’était qu’un pur artifice décoratif (que l’on aurait pu croire figé au coin de quelque « scène » - comme un décor, donc) jaillit une matière poudreuse et veloutée, lumineuse et fugace. Matière de l’image, qui en devient simultanément le sujet. Comme une évocation d’absolu. 
 

Avec Remake, c’est l’espace de la prise de vue (capturé et délimité par l’acte photographique) qui est en jeu. Il s’ouvre, se dévoile, se déploie indépendamment du sujet dont il a jusqu’alors été l’atmosphère, l’ornementation. 

Ces ciels s’épanouissent en des luminosités changeantes, du nuageux au crépusculaire, de l’orageux à l’embrumé. Une image en engendre une voire plusieurs autres, lesquelles pourraient encore en contenir d’autres - car qu’y a-t-il de plus fractionnable et en même temps de plus régénératif que le ciel qui confond forme et fond, infini où tout s’imagine, se conçoit, se dessine, se perçoit en perpétuelle évolution ?  Le motif, la teinte, le détail deviennent, en quelque sorte, autant de « rhizomes » (au sens de Deleuze et Guattari) visuels. Autant de connexions, d’ouvertures vers une image, un monde, un moment autres.

 

Dès lors, les images altérées et (...) de Remake participeraient-elles d’une tentative de réinvention de l’image photographique ?"

 

Extraits du texte de Nicolas Valain 
 

 

2/ TRANSFER (2015-2019)

 

Transfer interroge notre croyance vis-à-vis des images et de ce qu’elles représentent. 

De prime abord, cette série montre des lieux sans intérêt apparent et souvent vides. Ils ont pourtant pour particularité d’être référencés comme des endroits hantés par des esprits. Ces images naissent de captures d’écran réalisées sur internet grâce au logiciel Google Street View. 

 

Le protocole de l’artiste est méthodique. Partant d’une rumeur sur la « toile », il enquête et tente de retrouver ces lieux sans quitter son bureau, avec les éléments dont il dispose. Il capture ainsi des paysages où il se serait passé quelque chose de paranormal. 

Après avoir minutieusement sélectionné les prises de vue quasi-anonymes du camion de Google maps, Nicolas Dhervillers les tire sur une imprimante classique sur un format A4. Il applique ensuite un liant acrylique sur un papier aquarelle et transfère les images de mauvaise définition sur ce papier noble. L’image rappelle une gravure ou une photographie ancienne habitée d’une inquiétante étrangeté. 

 

3/ LES AUGURES (2019-2020)

 

Dans les photographies de Nicolas Dhervillers, le ciel est souvent réduit à un simple aplat de couleur grise, comme un rappel à l’irréalité de ce que nous voyons. À l’inverse, dans la série Les Augures, réalisée au graphite sur papier bambou, l’artiste fait le choix d’isoler le motif du ciel. Élément mythologique central dans de nombreuses civilisations antiques (on pense notamment aux augures romains prévoyant la volonté des dieux), le ciel, socle de ces prédictions, divinations, croyances, prophéties, forme la nourriture de notre imagination. À l’heure des bouleversements climatiques contemporains, ces augures que délivre le ciel prennent un sens nouveau. 

 

S’inspirant de la technique des « ciels rapportés », inventée entre 1856 et 1858 par Gustave Le Gray pour ses photographies de marine et consistant à superposer deux temps de pose, celui du ciel d’une part et d’autre part celui du reste du paysage, Nicolas Dhervillers cherche, en hommage au maître, à accentuer l’aspect dramatique de son motif. 

Nicolas Dhervillers fait le choix de la technique photographique de la nuit américaine : obscurcir pour révéler. 

Une feuille de papier Bambou est intégralement recouverte de poudre de graphite que l’artiste enlève, gomme, estompe, racle pour en révéler la lumière. Peu à peu se forment des aplats brumeux mais nets, partant de la nuit et révélant progressivement des ciels à la naissance d’un nouveau jour. 

 

Nicolas Dhervillers , 16 mai -> 1 août 2020
49 rue Notre-Dame de Nazareth, 75003 Paris
Visites individuelle ou par petits groupes de 2 à 3 personnes maximum de préférence sur rendez-vous et du mardi au vendredi de 11h à 19h et le samedi de 14h à 19h. Visite LIVE de l'exposition en présence de l'artiste sur notre compte Instagram @editions_dilecta vendredi 22 mai à 18h

Publié le : 13 mai 2020

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