Partition Du Silence

5 novembre -> 17 décembre 2016

Hommage à l’œuvre de Pierre Huyghe de 1997 Silent Score, le titre de la première exposition collective de la galerie Anne-Sarah Bénichou, Partition du Silence, se présente comme un oxymore venant souligner et interroger les rapports qu’entretient l'art contemporain avec la notion de son. Dans un environnement paradoxalement assez silencieux, les huit artistes choisis donnent ainsi forme et consistance au son : qu’il s’agisse d’un sonogramme, d’une flamme dansant, d’une voix emprisonnée dans des boîtes ou encore d’une photographie décomposant les gestes du musicien, chaque œuvre tente à sa façon de matérialiser l’évanescence des sons et de figurer plastiquement le ressenti auditif. Ou comment écouter avec les yeux...

Partition du Silence

« Il faut rompre à tout prix ce cercle restreint des sons purs et conquérir la variété infinie des sons-bruits. » C’est ainsi que Luigi Rossolo, en mars 1913, entend révolutionner la musique et l’art contemporain lorsqu’il rédige son Manifeste Futuriste. Il souhaite que les artistes cessent de créer une musique traditionnelle et fassent émerger l’art de notre quotidien en composant à partir des bruits qui constituent notre environnement.

Des années plus tard, en 1952, John Cage fait « jouer » une nouvelle composition intitulée 4’33’’. Il s’agit d’un morceau entièrement silencieux. Et il écrit, en parlant de son public le soir de la première représentation : « Ils n’ont pas saisi. Le silence n’existe pas. Ce qu’ils ont pris pour du silence, parce qu’ils ne savent pas écouter, était rempli de bruits au hasard. On entendait un vent léger dehors pendant le premier mouvement. Pendant le deuxième, des gouttes de pluie se sont mises à danser sur le toit, et pendant le troisième, ce sont les gens eux-mêmes qui ont produit toutes sortes de sons intéressants en parlant ou en s’en allant. » (citation extraite de Richard Kostelanetz, Conversations avec John Cage, Paris, éditions des Syrtes, 2000, p. 105-106. Traduit et présenté par Marc Dachy.) L’intention de Cage était de supprimer les sons attendus et de capter l’attention vers les sons du milieu ambiant, pour qu’ils soient entendus comme de la musique.

Presque un demi-siècle plus tard, en 1997, c’est au tour de Pierre Huyghe de se positionner par rapport à ce travail avec l’œuvre Silent Score (Partition du silence en français), réalisée à partir de la transcription des sons imperceptibles tirés de l’enregistrement de 4'33’’ de 1952. La boucle est bouclée, Huyghe compose cette musique des bruits, musique du silence et de notre environnement dont aurait pu rêver Rossolo…

A l’aune de ces trois jalons historiques qui structurent le siècle passé, le propos de l’exposition tente de donner un éclairage, partiel et partial, sur la façon dont certains artistes contemporains ont pu s’inscrire dans cet héritage pour penser le rapport entre son, musique et arts plastiques. Ou comment réinterpréter le silence, lui donner corps et plénitude.

Chaque artiste invité dans l’exposition a créé ou redonné vie à une œuvre plus ancienne autour de ces notions. Ange Leccia réinterprète une œuvre historique de 1985 où il emprisonne la voix de Brigitte Bardot dans une colonne de boites de bobines de films rouges, invitant le visiteur à approcher son oreille du couvercle pour saisir cette voix que l’artiste tente de circonscrire à son enveloppe matérielle comme une métonymie sonore. Julien Discrit et Atsunobu Kohira développent quant à eux leur réflexion en deux dimensions, dégageant le son de toutes ses qualités auditives pour n’en donner plus qu’une transcription visuelle et plastique : à l’aide du cyanotype pour Discrit qui amène le chant du merle noir sur papier bleu ou au moyen de poudre de graphite pour Kohira qui recrée la forme d’un morceau de musique en noir et blanc grâce aux vibrations d’une enceinte. Le mouvement est également au cœur du travail de Laurent Montaron dans une photographie où il décompose les gestes du musicien dont les mains sur le clavier font ressentir les sons des ondes martenot. Idem chez Dominique Blais dont l’œuvre Sans titre (Melancholia), tourne-disque désossé met en perspective la captation et la restitution de phénomènes en deçà des seuils de notre perception, mais également le rapport au corps. Tourne dique suspendu comme une carcasse vivante, le mobile fait écho à la deuxième œuvre de l’artiste Sans titre (Les Colonnes d’air), bâton de verre soufflé, émanation du souffle et du corps de l’homme. Le souffle nous entraine alors vers la vidéo de Tal Isaac Hadad qui met en scène cette nécessité de la présence du corps comme préalable à la musique et à l’art. Musique du corps, musique du souffle. Souffle qui interfère sur la lumière dans la vidéo de Céleste Boursier-Mougenot où une flamme danse, poussée par le son diffusé par un haut parleur… De la captation des sons de notre environnement nous arrivons ainsi à l’œuvre de Melik Ohanian qui amplifie les bruits de notre environnement afin de réinterroger notre rapport à l’espace et créer un nouveau langage dans un dialogue avec ce qui nous entoure. Langage avec lequel joue également Camille Llobet dans un diptyque vidéo où une jeune femme sourde et muette rend compte, dans son langage des signes, de la musique qu’elle voit… Partition silencieuse qui devient poésie…

Partition Du Silence, 5 novembre -> 17 décembre 2016
Galerie Anne-Sarah Bénichou45, rue Chapon, 75003 Paris
Du mardi au samedi de 11h à 19h
Galerie Anne-Sarah Bénichou

45 rue Chapon 75003 Paris
Tel : 01 44 93 91 48
Mail : galerie@annesarahbenichou.com

Site : Galerie Anne-Sarah Bénichou

Du mardi au samedi de 11h à 13h et de 14h à 19h

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