Pas éléphant, Peter Buggenhout

Solo show // 20 mai -> 22 juillet 2017

Pour l’exposition « Pas éléphant », Peter Buggenhout a choisi de montrer les différents aspects de sa pratique : Gorgo, The Blind leading the Blind, On Hold et Mont Ventoux, soit quatre typologies de sculptures que l’artiste développe simultanément depuis plusieurs années. Aussi, pour la première fois, sont présentées des œuvres bi-dimensionelles intitulées Promising the past.

Vue d'exposition : Peter Buggenhout, Pas éléphant, 2017. Courtesy Galerie Laurent Godin, Paris (c) Yann Bohac

Pas éléphant, Peter Buggenhout

 

Le titre de l’exposition provient de trois références distinctes : La pensée du mathématicien polonais Stanislaw Ulam, notamment célèbre pour son influence sur le concept de science nonYlinéaire, qui établit des comparaisons entre les connaissances humaines de l’univers et celles de l’éléphant : si nous connaissons tout de l’éléphant, nous ignorions ce qui n’est pas « éléphant »... La fable indienne « Les aveugles et l’éléphant », l’histoire de six aveugles découvrant un éléphant par le touché et par fragments. L’un est convaincu que cela ressemble à un grand éventail, l’autre pense à un mur énorme, chacun perçoit une réalité différente, et pourtant tous sont certains de leur vérité, aveuglé par leur propre point de vue... Les Dogons (tribu du Mali) créent d’étranges sculptures les Nbolé, des divinités, qu’ils installent à l’entrée des villages afin de se protéger du diable. Mais, ignorant l’apparence de(s) Dieu(x), ils attribuent à ces sculptures des formes animales diverses et composites: une tête de chat, des jambes de grenouilles, le corps d’un éléphant....
 

 


Les sculptures The Blind Leading the Blind (L’aveugle guidant l’aveugle), sont de véritables amas de matière méticuleusement composés et recouverts de poussière. L’utilisation de la poussière dans son épaisseur et sa densité conduit à un effet de saturation, d’étouffement et de pertes de repères, faisant apparaitre des formes insondables et indéterminées, qui semblent provenir d’épaves abandonnées ou de friches urbaines après un drame. En lointain écho à La Parabole des aveugles de Brueghel l’Ancien (1568), ces œuvres sont manifestes du travail de l’artiste et de sa volonté d’exprimer la complexité et l’étrangeté du monde qui nous entoure.

 

Les Gorgos, font référence aux mythes grecs des Gorgones, ces créatures fantastiques et malfaisantes, considérées comme laides et répugnantes dont le regard avait le pouvoir de pétrifier celui qui les contemple. Comme pour The Blind Leading the Blind, il s’agit de perte de repère et d’ambivalence. Mais aussi, par l’utilisation de matériaux abjects, (au lieu de la poussière, l’artiste utilise pour les Gorgos du sang séché et du crin de cheval), dont il recouvre ces délicates compositions, il installe une tension paradoxale entre attirance et répulsion.

 

A l’origine, les Mont Ventoux sont des sculptures de l’informe utilisant des panses et intestins d’animaux comme enveloppes dans lesquelles Peter Buggenhout introduisait divers objets développant des formes aléatoires. Récemment, l’artiste à complexifié ces sculptures en associant aux panses d’animaux une grande variétés de matériaux, carton, bois, plastique, ou leurs moulages en cire colorée. Encore une fois, Peter Buggenhout parle d’hétérogénéité, de lecture multiple et d’ambivalence. Curieusement, ces enlacements et assemblages de matières, de textures et de couleurs à l’identité insaisissable, constituent bien des unités sculpturales.

 

La série récente On Hold révèle comment n’importe quelle créature, bien que dotée de caractéristiques et désirs propres, est façonnée et conditionnée par les éléments et les événements qui l’entourent. On pourrait comparer ce système d’interaction, avec ce qui se passe dans les forêts, chez les plantes, les arbres et les animaux, qui pour atteindre la lumière, survivre et se développer sont contraints à s’entrelacer, à hybrider, à muter. Au fond, l’interaction humaine n’est peutYêtre pas si différente : tel ajustement menant à une autre position, qui elleYmême invite à une nouvelle décision entrainant un nouveau comportement... Conçu en interaction avec l’architecture dans laquelle elle se déploit On Hold exprime cette instabilité intrinsèque et jamais résolue : « mes sculptures sont des captures d’états de transition, figées à jamais dans le temps ».

 

Enfin, la série Promising the Past trouve ses racines dans des dessins réalisés entre 2003 et 2004. Récemment exhumées, ces œuvres anciennes, antérieures au travail sculptural de Peter Buggenhout, ont été largement transformée. L’artiste procède par frottements, il arrache, enlève, racle des couches de papier et d’huile de lin dans une tentative de dévoiler ce qui se trouve en dessous, de retrouver la « vérité » des origines. Pourtant, cette quête semble vaine et vouée à l’échec. Il trace ici les limites de cette recherche des origines et interroge notre rapport à l’histoire, au passage du temps qui déforme et conditionne notre perception et tend à idéaliser le passé. Promising the past, agit comme un voyage impossible vers un paradis vierge, dont parfois il semble filtrer des rayons de lumière...

 

Les œuvres de Peter Buggenhout peuvent être vues sous tous les angles, elles ne possèdent ni faces, ni arrières, ni côtés privilégiés. Aucun angle particulier par lequel il faudrait les regarder pour les saisir, à tel point, que lorsqu’elles sont photographiées, (ce qui implique un angle de vue fixe), il est bien souvent difficile de les reconnaître... Son travail affirme ainsi avec force, l’instabilité permanente des perspectives et des points de vues, comme la multiplicité des interprétations possibles. L’œuvre de Peter Buggenhout, par une approche analogique plutôt que symbolique, fait état de cette complexité (incapacité ?) fondamentale à saisir le monde qui nous entoure, comme parfois à nous comprendre nous même. Son œuvre témoigne de ces méandres incessants de l’esprit, de ces interrogations fondamentales que nous portons sur nos origines et notre devenir, il nous entraine ainsi en permanence dans cet espace ténu entre raison et folie.

Peter Buggenhout (1963, Gand, Belgique) exposera au State Musem of Art and Design de Nuremberg en Allemagne (solo, Juillet 2017) et participera à une exposition collective à la Maison Rouge, Paris (Inextricabilia, à partir du 23 juin).

Expositions personnelles : Museum M, Louvain (2015), Bonnefantenmuseum, Maastricht (2015), CIAP Vassivière (2014), Palais de Tokyo (2013), De Pont, Tilburg (2011), Herzliya Museum, Jerusalem (2009), Museum DhondtY Dhaenens, Belgique (2009)... Expositions de groupe : Deichtorhallen, Hamburg , Marta Herford, Allemagne (2017), Hamburger Banhof Berlin (2016), Moma PS1 NY (2013)...  

 

Pas éléphant, Peter Buggenhout, 20 mai -> 22 juillet 2017
Galerie Laurent Godin5 rue du Grenier Saint Lazare, 75003 Paris
Ouvert du mardi au samedi de 11h à 19h

A télécharger :

Galerie Laurent Godin

5 rue du Grenier St Lazare 75003 Paris
Tel : 01 42 71 10 66
Mail : info@laurentgodin.com

Site : Galerie Laurent Godin

Du mardi au samedi de 11h à 19h

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Publié le : 1 juin 2017