Philippe Durand

Forêts

Né en 1963, Philippe Durand vit et travaille à Paris. Il a récemment exposé son projet Vallée des merveilles 2 au Centre Régional d’art Contemporain du Languedoc-Roussillon, Sète (2016) et au au FRAC Bretagne (2015). À l’occasion de cette dernière exposition un catalogue a été publié avec le soutien du CNAP, du CRAC Sète et de la FNAGP. Il a également exposé au MAC du Grand Hornu, à La Virreina de Barcelone (2012), au Hyde Park Art Center, Chicago, à la CA'ASI de Venise (2011). Son travail est présent dans les collections photographiques du Centre Pompidou – MNAM ainsi que dans celles du FRAC Basse Normandie, du FNAC…

DIFFÉRENTS CARACTÈRES

Depuis qu'il y a des photographes, il en est qui par la perfection d'un cadre (le Frago* des reporters) se déclarent explicitement auteurs ou artistes, et d'autres qui s'efforcent de disparaître ou de s'effacer derrière les conditions d'apparition de l'image (le crayon de lumière de Fox Talbot). Si le rayogramme ou le sténopé trouvent régulièrement une nouvelle actualité, c'est sans doute parce que ces techniques primitives engagent un autre type de décision et permettent de s'approcher davantage du graphique ou du pictural. En entraînant le cyanotype, procédé moins connu, sur la voie du tableau, Philippe Durand accomplit un geste d'écart par rapport aux pratiques que nous lui connaissions en même temps qu'il prolonge sa recherche d'une position en forme de retrait face à différents lieux ou paysages qu'il expérimente. En disposant ses toiles sous les arbres, il recueille l'empreinte des branches et des feuilles, le tremblement qui élargit leur ombre et la qualité de la lumière qui nuance ce bleu proche de celui de la toile de Gênes. Le choix du format et la coloration font apparaître d'étranges similitudes avec le temps des pliures et des teintures qu'a connu l'abstraction à la fin des années cinquante ; signe que peinture et photographie n'en auront jamais fini de s'échanger des signes et de discuter leurs attributions. A se demander dans ce cas-là: qui est la nature?

Que l'artiste choisisse d'exposer cette nouvelle série en même temps que celle construite autour de l'exploration de la Vallée des Merveilles nous offre en un temps très court l'occasion de reconsidérer cette dernière. Oubliée ici les références à l'exposition pédagogique et à la base de loisirs, renforcée en revanche la proximité avec les œuvres des photographes marcheurs de l'art conceptuel. Ce sont des relevés à hauteur d'herbe et de rocaille, à fleur de paroi; vues larges ou rapprochées ramenés le plus souvent au plan de l'image, si bien que le degré d'inclinaison de la perspective reste incertain. A égale distance du vertige et de l'anéantissement qui saisissent le voyageur devant ces graphies tracées durant des millénaires. Philippe Durand se fait ici le documentariste d'une expérience en même temps que l'archiviste de ces pétroglyphes. Le regard du photographe y est moins en quête d'une affirmation du point de vue que de l'éclaircissement d'une relation à la nature. Pour lui, produire des photographies, c'est négocier avec une histoire voire, comme ici, une préhistoire, un paysage et un chemin.

Patrick Javault

* Dans les années cinquante les photographes reporters désignaient de cette abréviation de Fragonard les images idéalement cadrées.

Philippe Durand
Galerie Laurent Godin
Galerie Laurent Godin

36 bis rue Eugène Oudiné 75013 Paris
Tel : 01 42 71 10 66
Mail : info@laurentgodin.com

Site : Galerie Laurent Godin

Du mardi au samedi de 11h à 19h

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Publié le : 14 janvier 2017