Pierre Boucher, Jean Moral, André Steiner, La bascule du regard

Des artisans de la Nouvelle Vision // 13 avril -> 15 juin 2019

André Steiner, Sans titre, c. 1930 ©Steiner-Bajolet, Courtesy Les Douches la Galerie, Paris

Les Douches la Galerie a le plaisir de présenter La bascule du regard, réunissant avec la complicité d’Eric Remy les œuvres de Pierre Boucher, Jean Moral et André Steiner. Artisans de la Nouvelle Vision, ils représentent cette génération de la photographie expérimentale des années 1920, issue du Bauhaus et portée par les promesses techniques de la société industrielle. Bousculant les points de vue par des jeux d’échelle, des diagonales vertigineuses et des cadrages frôlant l’abstraction, la Nouvelle Vision démultiplie les possibilités du médium photographique et tourne résolument son regard vers l’avenir.

« Les années 1927-1928 marquent en France un tournant moderne pour la photographie française. Fin 1927, Germaine Krull publie à Paris son livre Métal, qui deviendra l’un des ouvrages phares de la Nouvelle Vision comme le rappelle René Zuber (1902-1979) à propos de ce livre emblématique : « Il y a vingt ans, Germaine Krull braquant son appareil vers le ciel a photographié la tour Eiffel de bas en haut et la tour Eiffel s’est cassée la gueule… Depuis ce jour-là, les photographes sont partis à la découverte du monde… »1

Regarder le monde différemment, amalgamer et accumuler les éléments d’une nouvelle grammaire visuelle où le nouveau (comme l’ancien) est vu de façon nouvelle ; tel est cet élan porté par une nouvelle génération.
Les photographes modernes n’adoptent pas le point de vue de la Nouvelle Photographie, ils deviennent les vecteurs de ce nouveau regard sur le monde. Ils ont tous entre vingt et trente-cinq ans, se retrouvent en quelque sorte décisionnaires et privés (délivrés aussi) de références puisque leurs aînés ont soit disparu lors de la première guerre, soit quitté leur activité. En outre, ils ont de sérieuses raisons de vouloir changer le monde. Ainsi toute innovation leur semble aller de soi, être la conséquence de leurs désirs et la marque de leur accès au monde de la création.

Vers le début des années vingt, la chance de la photographie est d’opérer une percée dans le grand public, tout en devenant un moyen d’information indispensable aux médias naissant à leur forme moderne.

L’appareil photo n’est plus pour eux un enregistreur, il est un découvreur. »

 

 

Christian Bouqueret in Jean Moral, L’œil capteur, Marval, 1999, p. 8

La jeunesse au cœur du renouveau de la pratique photographique

Comme le souligne Quentin Bajac pour ces jeunes photographes français ou issus de l’émigration (comme André Steiner), « portraits, publicités, images pour la presse, reproductions d’œuvres d’art : les débuts en photographie sont bien souvent des débuts dans la photographie appliquée »2.

Ces jeunes photographes portent leur regard vers les évolutions techniques qui envahissent le quotidien et qui font souvent appel à ce nouveau médium pour en faire leur promotion (automobile, train, bateau, électricité...).

La photographie doit convaincre, promouvoir. Elle doit porter visuellement en elle cette révolution technique qui envahit le quotidien : l’électrification, le développement de l’automobile…
Elle cherche à montrer aussi ses propres révolutions esthétiques. C’est au confluent des recherches graphiques et techniques propres au médium et du travail de commande (reportage, illustration, réclame, publicité, mode) que les photographies de ces trois jeunes photographes sont réalisées.

Les lignes électriques, les routes, les voies de chemin de fer qui sillonnent les paysages, les paquebots sont autant de nouveaux motifs et de centres d’intérêts. Ces objets et structures techniques portent en eux un vocabulaire formel qui nourrit ces nouvelles recherches esthétiques.

Ce ne sont que jeux de noirs profonds et de gris, rythmes, répétitions et renvois de formes simples en des sortes de natures mortes puissamment élaborées et géométriques. Le sujet n’est plus seulement l’objet de la photographie, c’est la photographie elle-même qui en est l’enjeu. Les corps, les personnages, les éléments du quotidien sont au service de la composition d’une image.

L’influence de la Nouvelle Vision venue de l’Allemagne est cependant moins radicale que dans son pays d’origine: « ce qui frappe bien davantage est finalement que ce modernisme est le plus souvent sur la scène parisienne, relativement modéré… La nouvelle vision à la française est une nouvelle vision tempérée d’un classicisme tout français »3.

Cela a peut-être à voir avec la forte présence à cette même époque d’un autre courant : le Surréalisme.
Les travaux photographiques ne sont jamais d’une seule veine, ils se teintent au gré des commandes et des recherches de ces deux influences. Les compositions photographiques se parent alors de cette inquiétante étrangeté que les Surréalistes s’efforceront à faire surgir de la banalité du quotidien.

Éric Rémy

Co-commissaire de l’exposition

Pierre Boucher, Jean Moral, André Steiner, La bascule du regard, 13 avril -> 15 juin 2019
Les Douches La Galerie5 rue Legouvé, 75010 Paris
Du mercredi au samedi, de 14h à 19h

A télécharger :

Les Douches La Galerie

5 rue Legouvé 75010 Paris
Tel : 01 78 94 03 00
Mail : contact@lesdoucheslagalerie.com

Site : Les Douches La Galerie

Du mercredi au samedi de 14h à 19h

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Publié le : 5 mars 2019

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