Thibault HAZELZET

CASANOVA // 20 juin -> 25 juillet 2020

Les remèdes aux plus grandes maladies ne se trouvent pas toujours dans la pharmacie. (…) Il n’y a jamais eu au monde des sorciers ; mais leur pouvoir a toujours existé par rapport à ceux auxquels ils ont eu le talent de se faire croire tels. Giacomo Casanova, Histoire de ma vie, 1789-1798 (t. I, vol. 1, chap. I)

Sans titre, Casanova, 2020. Transfert sur toile, huile et pastel gras. 195 x 114 cm. © Thibault Hazelzet, Adagp, Paris, 2020.

« Casanova », la nouvelle exposition de Thibault Hazelzet à la Galerie Christophe Gaillard, célèbre le retour de l’été. Placée sous le patronage de Giacomo Casanova, écrivain aux mille masques, tour à tour médecin, soldat, abbé, écrivain public, violoniste, magicien, libertin, joueur, financier, espion, danseur, amant, séducteur, capitaine d’industrie, aventurier…, l’exposition invite à la fête et appelle à retrouver la liberté spontanée, allègre et voluptueuse de l’homme de lettres vénitien.

Peintre, sculpteur, céramiste, photographe, manipulant les matériaux avec alacrité, Thibault Hazelzet renoue cette année avec son premier medium : la peinture. Après avoir présenté des séries de tirages photographiques (Babel, 2007 ; Narcisse, Danaé, 2008 ; La Guerre, L’Orage 2009 ; Autoportraits, Soldats, 2011) associés plus récemment à de grandes sculptures (La Parabole des aveugles, 2012 ; L’Atelier, Calais, 2014) prenant une magistrale autonomie (Demoiselles et Vagabonds, 2015-2017) et dialoguant avec le dessin et la peinture (comme dans sa dernière exposition Mars et la Méduse, 2017), il présente aujourd’hui un ensemble de peintures et de sculptures de facture nouvelle, donnant ainsi une impulsion remarquable à son travail.

La série Casanova, qui rend hommage à l’homme « le plus vivant des vivants » selon les mots de Stefan Zweig, est née d’une hybridation, du croisement vigoureux de la peinture, de la photographie et de la sculpture. « Une orgie de matériaux divers qui permet de créer, par la gêne que cela provoque, le dialogue entre l’œuvre et le regardeur1 » explique Thibault Hazelzet.

Hybrides, ces nouvelles peintures le sont d’abord par leur technique puisqu’elles incluent la photographie grâce à un procédé de transfert permettant de reporter une image photographiée sur la toile2. Progressivement recouverte, l’image est transformée par les interventions de l’artiste au pinceau, au pastel ou au bâton d’huile. Le geste expressif de sa main brouille et abîme la netteté du fond photographique, les effets de matière – par exemple lorsqu’il choisit de laisser apparaître la toile brute ou de montrer que le papier a été arraché par endroits – rappellent l’action, la présence de son corps.


Singularité de cette nouvelle série : elle met en scène le corps de l’artiste, perceptible dans toute son œuvre mais rarement figuré, rejouant ici sur un mode plus parodique ses Autoportraits. Surtout, elle prend pour décor l’espace même de la galerie, avec certaines des sculptures qui y sont exposées. Ces œuvres sont aussi hybrides par leur sujet, qui mêle réel et fiction, figuration et abstraction. Retravaillant ses photos à l’aide du logiciel Photoshop, assumant les retouches et les montages mécaniques et pixélisés, Thibault Hazelzet démultiplie les niveaux de lecture et confère à ses images une épaisseur, tant mentale – conceptuelle –  que sensible.

L’artiste reprend un dispositif qu’il avait inventé en 2012 avec la Parabole des aveugles et les Bourgeois de Calais et le complexifie. Il fait dialoguer ses peintures avec certaines des sculptures qu’elles représentent et insère cette fois dans ses peintures l’image du lieu même où elles sont visibles. Ce phénomène de dédoublement interroge le système de monstration des œuvres et le regard que nous portons sur elles, il crée un effet spectaculaire de foisonnement, d’augmentation par degrés, par plans intermédiaires, de la réalité.

La démarche de Thibault Hazelzet est en cela conceptuelle, dans la lignée d’artistes dont l’œuvre serait a priori fort éloignée de la sienne tels Dennis Oppenheim (qui présentait dans un même local la photographie d’une sculpture réalisée dans la nature face à la sculpture elle-même) ou les photographes japonais comme Masaki Nakayama, dont les travaux associant sculpture et photographie ont été présentés récemment à la galerie Christophe Gaillard. Dans un registre plus expressionniste que minimal, où le geste, la chair et le vivant dominent, espaces imaginaires et architectures contemporaines s’imbriquent, objets fictifs et réels s’interpénètrent, créant un jeu de miroirs qui force l’œil à cheminer jusqu’à se perdre dans une multiplication réjouissante – orgiaque ! – des regards.

Comme l’écrit Michel Poivert, le mode opératoire de Thibault Hazelzet est « celui d’un chorégraphe, d’un chef d’orchestre ou d’un metteur en scène qui interprète sa propre création. L’atelier est pour lui la scène première, primale peut-être, à partir de laquelle il orchestre ses rituels3 ». Il y joint désormais la galerie, lieu d’exposition de son œuvre et de la rencontre avec son public.

L’artiste s’y met en scène avec humour et un malin plaisir exhibitionniste, apparaissant la tête masquée et le corps complètement nu à la manière d’un bouffon ou d’un satyre surgissant dans les salles au milieu de ses sculptures. En forme de totems ou « d’autels mystiques », celles-ci sont constituées de briques creuses en terre cuite, éléments géométriques utilisés dans la construction architecturale ou le gros œuvre, et de matériaux divers comme le bois, la céramique ou le tissu sur lesquels se découvrent de petites scènes galantes, des dessins de fêtes ou des phrases amoureuses. Eros est partout, dans les entrelacs de corps monstrueux comme dans les couleurs chair luisant sur l’émail des céramiques, jusque dans le mystère des contrastes d’ombres et de lumière. Thibault Hazelzet, qui donne à l’artiste un rôle d’exorciste ou de chaman, présente avec « Casanova » un ensemble inédit d’œuvres chargées d’un pouvoir énergétique4.


Texte de Armance Léger.

1 Thibault Hazelzet, entretien avec Alain Berland, Mars et la Méduse (Paris, Galerie Christophe Gaillard, 2017).
2 L’artiste colle une photocopie de l’image sur la toile puis en retire le papier pour ne laisser sur celle-ci que l’encre et parfois des lambeaux de papier.
3 Michel Poivert, Les fantômes photographiques de Thibault Hazelzet, texte paru dans la monographie: Thibault Hazelzet, Photographies et Sculptures (CAP - Centre d’Arts Plastiques, Royans, 2015).
4 Alain Jouffroy, Une révolution du regard, À propos de quelques peintres et sculpteurs contemporains (Paris, Gallimard, 1964).

Thibault HAZELZET, 20 juin -> 25 juillet 2020
Galerie Christophe Gaillard5, rue Chapon, 75003 Paris
Mardi - Vendredi: 10h30 - 12h30 // 14h - 19h. Samedi: 12h - 19h.
Galerie Christophe Gaillard

5 rue Chapon 75003 Paris
Tel : 01 42 78 49 16
Mail : contact@galerie-gaillard.com

Site : Galerie Christophe Gaillard

Du mardi au vendredi de 10h30 à 12h30 et de 14h à 19h et le samedi de 12h à 19h

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Publié le : 22 mai 2020

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