Tim Plamper

Zone // 9 septembre -> 7 octobre 2017

Ce qui fait la particularité du nouvel ensemble d’œuvres de Tim Plamper, c’est une recherche sur la physicalité et la nudité, dépouillées de leurs vêtements symboliques dans un équilibre précaire entre désir et cruauté. L’artiste s’intéresse à la phénoménologie de cette jonction secrète où Sigmund Freud distingue une inversion double, le toucher d’Éros et celui de Thanatos venant s’envelopper l’un l’autre.

Freud emploie le terme bifrons, « biface », le surnom de Janus, dieu des passages matériels ou immatériels, généralement représenté avec deux visages, car il est capable de regarder à la fois l’avenir et le passé, le dedans et le dehors. Cette sorte de dualité semble rythmer l’art de Tim Plamper depuis le début. L’artiste examine l’idéalisation artistique du nu, la décortique et la bouscule à la manière de Georges Didi-Huberman dans son essai Ouvrir Vénus. En centrant son propos sur La Naissance de Vénus (1484-1486) de Sandro Botticelli, Didi-Huberman conteste formellement l’idée d’une déesse désexualisée, dont on oublierait la dimension charnelle pour la purifier de tout érotisme et la transformer en « un nu céleste et clos, un nu débarrassé de sa nudité, de ses (de nos) désirs, de sa (de notre) pudeur ». Botticelli offre à Didi-Huberman une occasion de vérifier le lien entre le dévoilement de la nudité et le rêve cruel d’« ouvrir » le nu, de le désacraliser.
 
C’est donc en Vénus elle-même que l’on va « trouver trace de cette charnière masquée, inquiétante, où le toucher de Thanatos vient épouser celui d’Éros : frontière insensible, déchirante pourtant, où être touché (être ému par la beauté pudique de Vénus, c’est-à-dire attiré et presque caressé par son image) devient être touché (c’est-à-dire être blessé, être ouvert par le négatif afférent à cette même image).» Tim Plamper perçoit les côtés dérangeants, voire menaçants, derrière la sobre beauté de Vénus, ainsi que sa nature duelle. Il saisit les « inapaisables tensions entre […] beauté apollinienne et violence dionysiaque, toucher d’Éros et toucher de Thanatos ». Afin de surmonter ces tensions, la déesse se place en dehors de la dialectique entre gynécée et androcée.
 
Dans les dessins infiniment méticuleux de Tim Plamper, la nudité s’ouvre telle une porte donnant sur un lieu où beauté et cruauté sont indissolublement unies. La célébration des noces de la vie et de la mort s’accomplit dans les recoins ombreux. L’idéalisation artificielle du nu y laisse suinter de partout des marques de désordre et de violence. Les œuvres de Tim Plamper sont secouées, et cette vibration représente ce qui précède ou qui suit la cruauté. Le nu, né d’une pulsion esthétique, aboutit à une confusion qui rend la forme informe, donnant à cette informité l’apparence du sang.
 
Domenico de Chirico
 
Sources:
- Georges Didi-Huberman, Ouvrir Vénus, nudité, rêve, cruauté, Paris, Gallimard, 1999. (Opening Venus. Nudity, dreaming, cruelty)
- Wikipedia
 
Tim Plamper, 9 septembre -> 7 octobre 2017
Galerie Suzanne Tarasieve7, rue Pastourelle, 75003 Paris
Informations générales : info@suzanne-tarasieve.com // T : + 33 (0)1 42 71 76 54 // Ouvert du mardi au samedi de 11h à 19h

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Du mardi au samedi de 11h à 19h

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Publié le : 20 avril 2018

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